Webinaire du 9 juillet 2020

De iconomie
Aller à : navigation, rechercher

Webinaire pilote (9 juillet 2020)

Résumé

L'annonce de la libra a enclenché la course des monnaies digitales souveraines. Leur compétition va se durcir progressivement avec leur diffusion massive. Les grands vainqueurs seront ceux qui auront maîtrisé avant 2025 les techniques des crypto-monnaies, sécurisé l'accès aux brevets, multiplié les moyens de paiement et services d'argent programmable pour accroître la commodité de leur monnaie digitale. La domination internationale du dollar n'est pas remise en cause à court terme. En revanche les banques commerciales sont directement menacées et la souveraineté des nations est en jeu.

Intervenants

  • Vincent Lorphelin, animateur (VL)
    • La guerre froide des brevets des crypto-monnaies va éclater avant la fin de l’année
    • Les crypto-monnaies vont permettre de l’innovation autour de l’argent programmable
  • Michel Volle (MV)
    • la monnaie informatisée s’imposera par sa commodité
    • la maîtrise des techniques des crypto-monnaies seront d’ici 5 ans un enjeu de souveraineté important pour la France
  • Nathalie Janson (NJ)
    • le dollar USD restera la monnaie internationale dans les 10 prochaines années malgré le développement du Yuan Digital
    • les monnaies digitales de banque centrale détrôneront les banques commerciales
  • Pascal Ordonneau (PO)
    • d’ici à 2030, plusieurs systèmes de crypto-monnaies souveraines seront en fonction à destination des particuliers
    • le danger, pour les monnaies traditionnelles, n’est pas tant le bitcoin que les banques centrales elles-mêmes avec l’émission de monnaies digitales totalement distribuées

Introduction

VL: 8 prédictions sur les crypto-monnaies souveraines. Nous argumentons, vous votez. Je suis Vincent Lorphelin, Conseil en Stratégie et brevets d'usage, et co-Président de l'Institut de l'Iconomie.

MV: Je suis Michel Volle, Economiste et co-Président de l'Institut de l'Iconomie

NJ : Je suis Nathalie Janson, (à compléter)

PO: Je suis Pascal Ordonneau, (à compléter)

Prédiction 1

VL : Je prédis que la guerre froide des brevets des crypto-monnaies va éclater avant la fin de cette année.

Pendant le vote du plan d’urgence Covid-19 américain, les Démocrates ont voulu lancer immédiatement le « Dollar Digital », avant d’y renoncer brutalement. Cette nervosité pourrait sembler anecdotique, elle révèle pourtant une nouvelle grande zone de conflit entre les Etats-Unis et la Chine.

Le Dollar Digital est la version électronique du billet de banque, téléchargeable et échangeable entre téléphones. Contrairement à Paypal et aux neo-banques, il ne nécessite pas de compte bancaire et il est échangeable gratuitement en monnaie-papier. Contrairement à Libra, le projet de crypto-monnaie de Facebook, il est garanti par l’Etat.

Alors pourquoi cette précipitation des Démocrates ? Parce que le Yuan Digital chinois, préparé depuis cinq ans, est prêt. Paradoxalement, c’est Libra qui a réveillé la prise de conscience de l’immensité des enjeux : les monnaies digitales menacent l’équilibre des blocs monétaires dans le monde. Or la Chine, qui dénonce depuis longtemps le pouvoir extraterritorial démesuré du dollar, veut utiliser le crypto-yuan pour étendre son influence sur la route de la soie.

C’est ce qui explique la convulsion des Démocrates.

Evidemment dès le lendemain, un journal chinois indique opportunément que Alipay dispose de 5 brevets sur les crypto-monnaies. Alipay est le système de paiement fondé par Alibaba, sous licence de la banque centrale et utilisé sur un milliard de téléphones chinois. De plus le Financial Times avait déjà repéré que cette banque centrale contrôlait 84 brevets. En fait, une analyse plus complète révèle que l'ensemble des banques nationales chinoises disposent de 200 brevets, auxquels s’ajoutent encore les 700 brevets d’Alibaba et Tencent, qui a lancé Wechat Pay, concurrent de Alipay. En comparaison, les Etats-Unis ne pèsent pas lourd, et devront négocier la protection d’IBM et ses 300 brevets. Avec son maigre portefeuille de 60 brevets, l’Europe quant à elle est hors jeu.//

La guerre des brevets du smartphone, pendant la décennie 2010, fait figure de prototype miniature du conflit qui gronde. On se souvient qu’Apple a révolutionné le marché lorsqu’il a lancé l’iPhone. Samsung, qui était jusqu’alors le leader de ce marché, pensait que sa position dominante ne serait pas contestée. On connaît la suite : autour d’Apple et Samsung, des centaines d’entreprises technologiques ont été entraînées dans la tourmente et condamnées en milliards de dollars, jusqu’à redessiner entièrement les frontières du secteur.

(lancer sondage 1)

Aujourd'hui, avec les crypto-monnaies, il s’agit non seulement d’un enjeu sectoriel stratégique, celui de la banque commerciale, mais surtout de la souveraineté monétaire des Etats. La guerre froide des monnaies digitales va donc éclater avant la fin de l’année, et les brevets en seront les missiles'.

Croyez-vous à ma prédiction ? Si vous m'écoutez en direct, c'est à vous de voter, et je laisse la parole à Michel Volle.

Sondage 1 - Vincent : Brevets

Question : Croyez-vous qu’une guerre froide des brevets sur les crypto-monnaies va éclater avant la fin de l’année ?

Choix multiple : oui / oui, mais en 2021 / oui, mais après 2022 / je ne sais pas / non, la tension sera passagère / non, ce ne sera pas un enjeu significatif / non

Prédiction 2

Je prédis que la monnaie informatisée s’imposera par sa commodité (rapidité, modicité ou absence des frais, certification, enregistrement comptable, sécurité, etc.) : l'histoire invite à considérer la monnaie comme un outil dont la commodité fonde l'usage général et inspire la confiance.

Le souverain, soucieux de la régulation de l’économie et, aussi, de l’étendue de ses pouvoirs légitimes, garantit la qualité fiduciaire qui est l’un des attributs de la commodité. Cependant cette garantie n’a jamais suffi pour empêcher une crise monétaire comme en Allemagne en 1923 ou en Argentine à la fin des années 1980 : commodité et garantie de l’État peuvent entrer en conflit dans certaines circonstances (lorsque par exemple les agents économiques remplacent une monnaie nationale par une autre jugée de meilleure qualité, généralement aujourd’hui le dollar).

Dans l’ancien régime la livre, monnaie de compte, était définie par le Roi de France comme équivalente à un poids d’argent qui valait onze fois moins que l’or de même poids. Les prix étaient exprimés en livres mais il n’existait pas de monnaie marquée « livre » : il fallait trouver dans les pièces le poids d’argent ou d’or nécessaire pour payer. Un changeur les pesait et appréciait si la monnaie de paiement atteignait le chiffre fixé en monnaie de compte. Le fait qu’une pièce ait été émise par tel ou tel souverain n’avait pas d’importance : seul comptait le poids de métal précieux qu’elle contenait. Le lien entre monnaie et souveraineté était donc ténu.

Chaque agent économique tient compte intuitivement de l'incertitude de ses revenus et besoins futurs. Il désire de la monnaie parce qu’elle est essentiellement liquide, immédiatement disponible pour répondre aux accidents de la vie et saisir des opportunités : cela la distingue des autres actifs dont la liquidation suppose une démarche longue (pensons à la vente d’un appartement).

L’informatique a mis l’ingéniosité des algorithmes et la puissance des processeurs au service de la monnaie : enregistrement sécurisé des transactions avec la blockchain, transparence des comptes, virements d’un montant minuscule sans frais, gestion de « tokens » porteurs d’une éventuelle valeur future, etc.

(lancer le sondage 2)

Les chambres de compensation, le réseau Swift, la tenue des comptes et le paiement par carte n’ont fait qu’informatiser les fonctions traditionnelles de la monnaie. La blockchain a inauguré un monde d'algorithmes qui rend possible une monnaie pleinement informatisée. Contrairement à l’adage « la mauvaise monnaie chasse la bonne », la monnaie la plus commode chassera les instruments moins efficaces même s’ils sont garantis par un État.

Croyez-vous à ma prédiction ? C'est à vous de voter, et je laisse la parole à Nathalie Janson.

Sondage 2 - Michel : commodité

Croyez-vous que le premier critère de réussite des crypto-monnaies sera leur commodité, et non leur seule garantie par un État ?

Choix multiple : Oui / Oui, mais à condition que les États soient d’accord / Je ne sais pas / Non, les États s’y opposeront / Non, la garantie d’un État souverain suffit / Non

Prédiction 3

Je prédis que le dollar USD restera la monnaie internationale dans les 10 prochaines années malgré le développement du Yuan Digital. L’annonce d’une crypto-monnaie par Facebook - la Libra - en Juin 2019 a accéléré le développement de crypto monnaies souveraines ou plutôt de monnaies souveraines digitales avec en tête le Yuan Digital actuellement en phase avancée de test.

La motivation principale de la Chine derrière ce volontarisme affiché est d’être le premier pays à se doter d’une monnaie digitale souveraine afin de bénéficier de l’avantage du premier arrivant, déterminant dans le cas du lancement d’une monnaie caractérisée par des forts effets de réseaux. A ce titre le Bitcoin, une des pionnières sur le marché des crypto-monnaies privées, reste leader malgré le nombre important de concurrents.

Néanmoins, avant de prendre la place du dollar USD la route est logue ! En 2019, le dollar USD demeure la monnaie de réserve internationale dominante avec environ 62% de part de marché suivie par l’euro qui stagne autour des 20% depuis son lancement, part de marché similaire à ce que représentait le Deutsch Mark avant l’adoption de l’Euro. On notera l’arrivée de la monnaie chinoise sur la scène internationale avec une part de marché de 1,95%.

En outre, au-delà de sa domination comme monnaie de réserve internationale, le dollar USD reste la première devise sur le marché des changes notamment dans les produits dérivés. Le dollar USD est aussi la première devise sur le marché de la dette internationale avec plus de 50% de part de marché. Cette domination s’explique en particulier par le rôle des marchés du dollar off-shore et la financiarisation croissante de l’économie mondiale et n’a pas été entamée par la crise de 2008.

(lancer le sondage 3)

Au niveau international, les transactions financières dominent largement les transactions commerciales. La volonté de la Chine de s’imposer avec le Digital Yuan comme monnaie commerciale internationale - avec en support la route de la soie - ne suffira pas à détrôner le dollar. Il faudrait pour cela que le centre financier se déplace vers la Chine pour que leYuan digital détrône le rôle actuel du dollar. Un tel déplacement ne se fera pas d’un coup de baguette magique. Au préalable, la Chine doit accélérer le développement de son marché financier et surtout son internationalisation. Le dollar USD restera la monnaie internationale dans les 10 prochaines années malgré le développement du Yuan Digital.

Croyez-vous à ma prédiction ? C'est à vous de voter, et je passe la parole à Pascal Ordonneau

Sondage 3 - Nathalie : Dollar

Croyez vous que le dollar USD continuera être la monnaie internationale malgré le Yuan Digital dans les 10 prochaines années ?

Choix multiple : Oui / Oui et même au-delà / Je ne sais pas / Non, le Yuan Digital va concurrencer le dollar sur la toute de la soie / Non, le Yuan digital va rapidement prendre la place du dollar / Non  

Prédiction 4

Je prédis que, d’ici à 2030, plusieurs systèmes de crypto-monnaies souveraines seront en fonction à destination des particuliers. Les diverses tentatives de création de monnaies cryptées privées, qu’il s’agisse du bitcoin ou de ses émules, qu’il s’agisse de la libra, laisseront la place à la création de monnaie-cryptées souveraines.

Il est probable que la gestion de ces monnaies sera inspirée des protocoles et des principes « blockchain ». En revanche la formule « des fichiers décentralisées » et de la démocratie « permission less » de type bitcoin ne sera pas retenue. Les pays qui seront en pointe dans la mise en place de ces « nouvelles monnaies » se rangeront d’un côté parmi les plus riches et de l’autre parmi les plus pauvres (en termes de richesse et de pauvreté par habitants.) Les trois premiers pays adoptant le principe de la monnaie digitale seront la Suède, l’Inde et la Chine.

Les techniques seront très semblables d’un pays à l’autre mais les motivations ne seront pas les mêmes. En Suède, l’explosion du commerce en ligne et des paiements via des plates-formes privées crée des risques importants sur la stabilité des supports monétaires et sur l’image de la monnaie souveraine. Le rôle de garant, de stabilisateur et de régulateur de la Banque centrale se trouve menacé et par voie de conséquence sa mission. La Suède cherche donc à mettre en place une monnaie digitale souveraine pour compenser le déclin à grande vitesse de l’usage de la monnaie banque centrale (pièces et billets) au profit de la monnaie de banque (ou de compte ou scripturale) intermédiée, voire de monnaies privées sans contrôle.

(lancer le sondage 4)

La Chine et l’Inde, font face à une problématique identique quoique à des stades différents : Pour la Chine, comme dans le cas de la Suède, l’explosion du commerce et des paiements en ligne est à l’origine du besoin de lancement d’une monnaie digitale. S’y ajoute la sous-bancarisation d’une bonne partie de la population et l’existence d’une masse importante de paiements en billets. Pour, à la fois, assurer la bonne diffusion de la croissance dans le pays et lutter contre les risques de fraude fiscale et d’économie cachée, un crypto-yuan est en phase de tests très avancés.

L’Inde est confrontée à la même problématique de sous-bancarisation. Elle a été très courtisée par tous les fabricants de monnaies cryptées. Elle semble vouloir tracer sa propre méthode et sa propre loi. Il est donc clair que d’ici 10 ans plusieurs monnaies digitales souveraines, ayant chacune leurs caractéristiques, seront disponibles pour les particuliers, concurremment avec les monnaies banques centrales de chacun des pays concernés.

Croyez-vous à ma prédiction ? C'est à vous de voter, et je laisse la parole à Vincent Lorphelin.

Sondage 4 - pascal : particuliers

Question : Croyez-vous que, d’ici 10 ans plusieurs monnaies digitales souveraines, ayant chacune leurs caractéristiques, seront en concurrence auprès des particuliers ?

Réponse : Oui, et même avant 5 ans / Oui / Oui, et aussi en concurrence avec les crypto-monnaies privées / Je ne sais pas / Non, chaque pays interdira les autres / Non, chaque pays aura une monnaie digitale dominante / Non, les crypto-monnaies privées se seront imposées avant / Non

Prédiction 5

David Marcus, co-Fondateur de Libra, la crypto-monnaie de Facebook, a prédit que « Les crypto-monnaies vont permettre de l’innovation autour de l’argent programmable. »

Pour David Marcus, les crypto-monnaies ne sont pas une simple amélioration de Paypal ou de Facebook Pay. Elles vont faire éclore une multitude de nouveaux services d’argent programmable.

Par exemple pour emprunter 100 euros et rembourser toutes les semaines, acheter une place de concert à condition qu’un ami vienne, vendre ses data de santé anonymisés, louer la nuit la capacité de calcul de son ordinateur, être rémunéré pour ses photos de monuments ou faire une heure de télésurveillance. Cette petite économie du quotidien va rapidement se développer avec la traction du paiement par mobile, des data et du travail free-lance en ligne, qui représentent déjà 2000 milliards de dollars. Elle va aussi solvabiliser l’achat d’une musique en un clic et la rémunération des likes utiles, valoriser les actifs non marchands comme les étoiles d’un restaurant, le certificat d’énergie verte, la garantie de provenance d’un produit artisanal voire la contribution à un projet de film.

Aucun de ces nouveaux services n’est encore utilisé par le grand public, qui n’en a entendu éventuellement parler qu’à l’occasion de la bulle des crypto-monnaies. Comme lors de la préparation du smartphone, l’effervescence est souterraine et les applications semblent abstraites. Comment présentait-on le smartphone avant son arrivée ? « Une galerie de services de mobilité permis par le GPS et l’écran tactile », ce qui ne donnait qu’une vague idée comparée à la compréhension immédiate lors de sa prise en main. Comment présenter aujourd'hui l’argent programmable ? Grâce à la blockchain et à l’intelligence artificielle, il s’agit de reconnaître ou récompenser équitablement chaque micro-contribution à la mission d’une communauté. C’est l’économie du flocon de neige, dont le nombre finira par blanchir le paysage.

(lancer sondage 5)

Or, qui serait le mieux positionné pour organiser cette économie si ce n’est Facebook, premier réseau social du monde ? C’est donc qu’est le véritable enjeu de Libra pour Facebook, qui va concentrer tous ses efforts non pas pour concurrencer les monnaies souveraines, mais pour faire émerger ces innovations autour de l’argent programmable.

Croyez-vous à la prédiction de David Marcus ? C'est à vous de voter, et je laisse la parole à Michel Volle.

Sondage 5 - Vincent : argent programmable

Question : Pensez-vous que les services d’argent programmable seront accessibles au grand public dès 2021 ?

Choix multiple : Oui / Oui, mais en 2022 / Oui, mais après 2023 / Je ne sais pas / Non, le cadre réglementaire ne sera pas prêt avant plusieurs années / Non, les risques sécuritaires sont trop élevés / Non

Prédiction 6

Nicholas Carr, auteur américain de livres à succès, a prédit que l’informatique deviendrait un produit banal qui s’achète sur étagère, une « commodité » sans importance : il disait « IT doesn’t matter ». La puissance qu’ont acquise les GAFAM suffit pour le contredire : les entreprises qui n’auront pas su s’informatiser disparaîtront, plus généralement les pays qui n’auront pas su s’informatiser n’auront plus d’influence dans le concert des nations.

Rappelons ce qui s’est passé au XIXe siècle. En quelques décennies la Grande-Bretagne est devenue la puissance dominante parce qu’elle avait su la première maîtriser la mécanique et la chimie : les armes qu’elles procuraient lui ont permis, lors des guerres de l’opium, de vaincre la Chine qui avait été jusqu’alors la première puissance mondiale.

Les techniques fondamentales sont aujourd’hui celles de la microélectronique, du logiciel et de l’Internet : la mécanique, la chimie, l’agriculture, l’énergie s’informatisent.

La nation qui maîtrisera le mieux ces trois techniques et qui saura les utiliser efficacement dominera le monde. C’est l’ambition de la Chine et c’est pourquoi elle investit massivement dans ces techniques comme dans l’art de leur utilisation : toutes ses grandes entreprises ont misé sur l’informatique.

Aucun projet de crypto-monnaie souveraine ne pourra réussir sans la maîtrise des techniques informatiques les plus avancées (processeurs multi-cœurs, programmation parallèle, etc.) et sans l’intelligence de leur mise en œuvre.

En France cependant la classe dirigeante, experte dans l’art de la parole, méprise ce qu’elle juge « technique » et ignore l’informatique : elle parle abondamment du « numérique », mot-valise vide de sens, et se laisse fasciner par les chimères qu’évoque l’expression « intelligence artificielle ».

Notre pays ne conservera son droit à la parole dans le concert des nations que s’il prend conscience de la transformation que l’informatisation apporte dans la définition des produits et des compétences, dans l’ingénierie de la production, la forme de la concurrence et celle du travail humain : à défaut d’être un informaticien, tout dirigeant devra avoir une intuition exacte de l’informatique, une culture de l’informatisation.

Comme la monnaie est le cœur de l’économie les nations qui auront su l’informatiser disposeront d’un levier considérable sur notre souveraineté : si la France se laisse coloniser le monde sera plus pauvre et plus terne, car elle ne pourra plus faire rayonner les valeurs de notre République.

Croyez-vous, contrairement à Nicholas Carr, que la maîtrise des techniques des crypto-monnaies sera d’ici cinq ans un enjeu de souveraineté pour la France ? C'est à vous de voter, et je laisse la parole à Nathalie Janson.

Sondage 6 - Michel : Techniques

Question : la maîtrise des techniques des crypto-monnaies sera-t-elle d’ici cinq ans un enjeu de souveraineté pour la France ?

Choix multiple : Oui / Oui, mais c’est foutu parce qu’elle a pris trop de retard / Oui, mais l’environnement et le social sont plus importants / Je ne sais pas / Non car tout ça, ce n’est que de la technique / Non, car il nous faut plutôt une décroissance / Non

Prédiction 7

La Federal Reserve Bank de Philadelphie prédit que la monnaie digitale banque-centrale va détrôner les banques commerciales dans la gestion des dépôts et dans leur activité d’intermédiation. La multiplication des projets de monnaie banque centrale digitale – CBDC - pose la question de la conséquence de leur succès auprès du public. Si jamais le public devait l’adopter massivement, qu’adviendrait-il du rôle des banques commerciales dans l’économie, en particulier en matière de création monétaire ?

Pourquoi une monnaie digitale banque centrale pourrait connaître un fort succès ? Parce qu’en comparaison des crypto-monnaies privées, la monnaie digitale banque centrale est plus sûre et qu’en comparaison du cash, elle permet de payer de façon instantanée à faible coût et pourrait même être rémunérée. La monnaie digitale banque centrale est disponible à tout moment, pas besoin de s’en procurer comme c’est le cas aujourd’hui pour les espèces. Comme elle est émise par la banque centrale et rémunérée, elle apparaît encore plus attractive que la monnaie bancaire – le compte de dépôt. Principal bémol à son attrait : sa traçabilité. Elle n’est plus « sans odeur » comme le cash ce qui peut limiter l’intérêt de ceux qui l’utilisent dans le but d’évasion fiscale ou de commerce illicite.

(lancer sondage 7)

Si jamais le public adoptait largement la monnaie digitale banque centrale, les banques commerciales verraient diminuer de façon significative leurs dépôts Certains pourraient y voir une bonne nouvelle, notamment tous ceux qui fustigent la distribution incontrôlée de crédit par les banques. En revanche, ceci limiterait la capacité des banques à distribuer des prêts. La création monétaire bancaire serait limitée et les prêts à l’économie accordés par les banques commerciales baisseraient de façon significative au profit de la banque centrale qui se verrait endosser un rôle d’intermédiation. Le financement de l’économie serait altéré ainsi que la politique monétaire, la banque centrale contrôlant directement une plus grande proportion du crédit distribué.

Le succès des monnaies digitales banque centrale détrônera le rôle des banques commerciales. Croyez vous à cette prédiction de la Federal Reserve Bank de Philadelphie ? C'est à vous de voter, et je passe la parole à Pascal Ordonneau.

Sondage 7 - Nathalie : banques commerciales

Croyez vous que le succès des monnaies digitales banque centrale détrônera le rôle des banques commerciales ?

Choix multiple : Oui / Oui, mais pas avant 5 ans / Oui, mais pas avant 10 ans / Je ne sais pas / Non, le public n’adoptera pas de façon massive la monnaie digitale banque centrale / Non, les banques commerciales s’adapteront / Non, les banques centrales ne prendront pas ce risque / Non

Prédiction 8

La Revue banque prédit que "le danger, pour les monnaies traditionnelles, n’est pas tant le bitcoin que les banques centrales elles-mêmes avec l’émission de monnaies digitales totalement distribuées."

On peut dire en effet que d’ici à 2030, trois crypto-devises à visée internationale seront en compétition sur le marché des échanges internationaux de capitaux monétaires et financiers. L’usage et aussi le mésusage du dollar par l’administration Trump à l’égard de pays récalcitrants à sa politique étrangère, sont à l’origine d’ambitions plus ou moins avérées pour ce qui concerne le rôle international des monnaies digitales. La position du problème est la suivante : le dollar monnaie souveraine des Etats-Unis est, pour les ¾, la monnaie des échanges financiers, commerciaux et monétaires internationaux. Suivent l’euro et, beaucoup plus loin, le yen, la livre sterling et le Yuan-renmibi.

Le conflit Chine-Usa s’est traduit par des mesures commerciales unilatérales de la part des Etats-Unis. C'est ainsi que l’interdiction de commercer lancée contre l’Iran a coupé la Chine d’un de ses fournisseurs en pétrole. Comme le dollar est incontournable, les mesures d’interdiction s’étendent à son usage… donc à son utilisation dans la plupart des transactions internationales relatives à des pays « sous embargo ». Le développement d’une monnaie digitale chinoise ne se limite dont pas à « bancariser » les chinois implantés dans des zones reculées de leur pays. Le yuan deviendrait une monnaie de facturation et de règlement international. Le yuan digital ferait l’affaire parce que fonctionnant sous les contraintes technologiques des « crypto-monnaies » les partenaires de la Chine n’auraient pas le sentiment d’être dans ses mains.

Le yuan-Digital sera une monnaie à parité 1 pour 1 avec le yuan émis, géré et délégué par la banque centrale chinoise. Cette parité éviterait toute ambiguïté et ancrerait la nouvelle monnaie internationale dans un cycle de confiance et de croyance identique au dollar.

Les deux autres candidats à une monnaie cryptée fonctionnant dans un contexte de compensation et d’échanges internationaux sont l’Euro et …. Le Dollar. Dans ce dernier cas, il n’y a de surprises pour ceux qui suivent les commentaires de la FED. L’étude sur un « digital dollar » n’est pas récente. Le fait que la Chine ait accéléré ses recherches a donné un coup de fouet aux américains.

(lancer le sondage 8)

Et l’Euro ? La zone euro est remarquablement bancarisée et les échanges intra-européens fonctionnent plutôt bien. Mais la domination américaine est de plus en plus gênante, en particulier dans un moment où le brexit a rendu plus sensible, les questions de « compensation et de gestion financière et monétaire.

"Le danger, pour les monnaies traditionnelles, n’est pas tant le bitcoin que les monnaies digitales des autres banques centrales". Croyez-vous à cette prédiction de la Revue banque ? C’est à vous de voter, et c'est maintenant au tour des Questions-Réponses

Sondage 8 - Pascal : Concurrence

Croyez-vous que le danger, pour les monnaies traditionnelles, n’est pas tant le bitcoin que les banques centrales elles-mêmes avec l’émission de monnaies digitales totalement distribuées ?

Réponses: oui / oui, mais chaque zone aura une préférence pour sa monnaie d'origine / je ne sais pas / non, chaque monnaie digitale se substituera à sa monnaie traditionnelle / non

Questions-Réponses

(Nathalie Janson sélectionne les questions dans l'onglet de discussion et les distribue aux intervenants. Quelques questions ont été préparées par avance en cas de trou. L'animateur repasse les résultats des sondages pendant les questions-réponses) @Pascal Ordonneau: si les monnaies de banque centrale sont en concurrence, est-ce la commodité ou l'habitude de la monnaie d'origine qui va l'emporter ? @Michel Volle: si la monnaie qui l'emporte est celle qui est entourée de la meilleure gamme de services, est-ce que Libra-franc suisse n'a pas gagné d'avance ? @Nathalie Janson: si les banques centrales devenaient des banques des dépôts, il faudrait bien au minimum une délégation de gestion pour assurer la relation-client, donc qui, si ce n'est les banques commerciales ?

Conclusion

VL (reprise de parole à 12h40): Voici ce que nous pouvions dire aujourd'hui en 8 prédictions sur les crypto-monnaies souveraines.

(fin de l'enregistrement)

Merci à tous d'avoir participé à notre webinaire, vous pouvez indiquer par mail si vous souhaitez être invité à la prochaine session. A bientôt !

(fermeture de la session)