Webinaire du 5 novembre 2020

De iconomie
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Vincent Lorphelin

Je prédis que la France va revenir dans la course des technologies décentralisées vers 2025 grâce à ses brevets.

Je suis Vincent Lorphelin, Conseil en stratégie et brevets d’usage, et co-Président de l’Institut de l’Iconomie.

Dans une précédente video, j'indiquai que la Chine venait de déclarer la guerre froide des brevets pour les crypto-monnaies et qu'elle dispose à cette fin d'un arsenal de 1100 brevets contre 600 dans le camp américain, et seulement 60 en Europe.

Cette guerre est-elle perdue d'avance ? Notre portefeuille de brevets est anémique, les GAFA et BATX sont devenus les maîtres du monde, la capitalisation d'Apple seule représente le total de celles du CAC 40. De plus, nous souffrons d'un grave déficit de dépôt de brevets. Nos chercheurs préfèrent publier plutôt que protéger. Nos PME déposent deux fois moins que leurs homologues allemandes. Nos startups négligent les brevets car elles les trouvent compliqués, chers et indéfendables.

Cette situation ressemble étonnamment à celle de la France de 1880 : la vapeur était anglaise, l'électricité était américaine, la mécanique était allemande. Notre inventivité était effervescente, mais largement pillée. Vingt ans plus tard, pourtant, la France était à l'apogée de sa prospérité et de son rayonnement dans le monde avec l'exposition universelle de 1900. Que s'est-il passé ? La contrefaçon abusive de notre inventivité a provoqué une politique de soutien des inventeurs : subventions, accompagnement, mise en lumière des inventeurs, ce dont le Concours Lépine est l'emblème. Nous avions perdu la bataille des inventions technologiques, nous avons gagné la bataille des inventions d'usages. Par exemple les jouets ou l'automobile, dont la France est devenue le leader mondial.

Pouvons-nous réussir à retourner notre actuelle culture anti-brevet ? Oui, Google et la Chine l'ont bien fait. Google s'est construit grâce aux logiciels "open source". La Chine confucianiste valorisait la copie du maître par le disciple. Pour des raisons différentes, les deux étaient philosophiquement hostiles à la propriété intellectuelle. Google a pourtant rejoint Apple dans le Top 10 des inventeurs, et la Chine est devenue le leader mondial des brevets.

Aujourd'hui, 350 fintechs françaises bouillonnent d'idées, notre inventivité est effervescente, mais pillée faute de protection. Or la nouvelle guerre froide des brevets va provoquer inévitablement une politique de protection de cette inventivité. C'est pourquoi je prédis que la France va revenir dans la course des technologies décentralisées vers 2025 grâce à ses brevets. Croyez-vous à ma prédiction ?

Nathalie Janson

(L’offensive du Yuan Digital) Le lancement du Yuan Digital combiné à la pandémie a mis la monnaie digitale banque centrale au cœur du débat. Le Yuan Digital veut se positionner sur le futur marché international des monnaies digitales banque centrale. L’une des raisons du lancement accéléré du Yuan Digital est justement de profiter de l’avantage du « premier entrant » sur ce marché afin d’internationaliser sa monnaie.

(La réponse occidentale) En réponse à cette stratégie, les autorités américaines ont engagé une réflexion de fond sur les modalités d’un Dollar Digital. La banque de France en Décembre 2019 a ouvert le bal des expérimentations européennes avec le lancement d’un appel d’offre auprès d’acteurs privés sur un projet de monnaie digitale pour les paiements interbancaires. Huit projets sont actuellement en cours.. Mi-Octobre la BCE (Banque Centrale Européenne) a lancé officiellement une consultation sur le projet d’Euro numérique jusqu’en Janvier 2021 avec le test des différents modèles d’émission par les banques centrales jusqu’à mi-2021.

(Les questions en cours) La question de l’Euro numérique pour le public se pose de façon plus pressante. Elle n’est pas simple à trancher parce que d’une part, la circulation d’une version numérique parallèlement au cash n’est pas neutre sur la préférence du public en matière de paiement : c est à la fois un concurrent du cash et des moyens de paiements dématérialisés reliés au compte bancaire comme les cartes de crédit, Paypal, Lidia, Apple Pay, Paylib…. Le degré de concurrence dépendra du niveau de traçabilité des transactions avec la possibilité d’avoir une version offline/online. Par ailleurs, il existe 2 modèles d’émission possibles de monnaie digitale : le premier où elle est émise par la banque centrale et accessible directement au public et un second où elle est accessible via les banques commerciales

Donner un accès direct au public à l’Euro digital signifie que le public a un compte ou plutôt un « wallet » auprès de la banque centrale. Le risque avec cet accès direct est de voir le public préférer la version digitale de l’Euro non seulement aux dépens du cash mais surtout des comptes bancaires. La monnaie digitale serait particulièrement attractive si elle est rémunérée et pourrait entraîner une baisse drastique des dépôts ce qui mettrait les banques en difficultés dans leur activité de crédit en raison de la baisse significative de leurs ressources stables et peu coûteuses. C’est une des craintes principales de la banque centrale. Au contraire, si l’Euro digital est distribué via les banques commerciales, ce risque de substitution est jugé moindre et la stabilité du système bancaire serait donc préservée. Cette question de l’impact sur les dépôts bancaires est également au cœur du choix du modèle d’Euro digital.

(Problématique) L’Euro Digital Doit-il être accessible directement au public qui aurait son «portefeuille » de monnaie digitale auprès de la banque centrale ou bien serait-il distribué par les banques commerciales ? Je pense que la Banque Centrale ne voudra pas remettre en question la place des banques et choisira de le distribuer par les banques commerciales pour préserver la stabilité de leur activité.


Richard Strul

Je prédis que structurellement, le développement de la Chine sur les technologies digitales et la data la met en position de dominer les GAFA en matière d’IA avant 2030. Mon nom est Richard Strul Je suis President de RESONEO et spécialiste du marketing digital. Regardons le développement du digital en Chine sur la décennie écoulée. La Chine a d’abord été le monde des copycats, issus de modèles occidentaux dans un premier temps, mais aussi à la longue de la concurrence interne au business numérique chinois. Et tout ça s’est déroulé avec l’absence totale de protection que l’on connaît en terme de propriété intellectuelle. Si on souvient de l’histoire des « Mille Groupon » qui illustre très bien cette mécanique, l’arrivée de la célèbre start up en Chine en 2010 a conduit à la creation de centaines de clones qui se sont entre-déchirés, a l’échec du Groupon original, et à l’avènement du colosse Meituan-Dianping... qui a tué tous les autres et qui pèse 30 milliards de dollars ! C’est aujourd’hui la 4ème start up la plus chère du monde. La principale conséquence de cette situation c’est que la survie d’une start up dans cet univers très concurrentiel est conditionnée à une résilience et une opiniâtreté extrême des entrepreneurs, beaucoup moins vitale dans le monde du copyright à l’américaine. Les start up chinoises ont du, pour se différencier faire preuve d’imagination en matière d’offre de service ; et développer des ponts entre les services digitaux et physiques. Au fur et à mesure de leur développement elles ont donc accumulé de la data sur les usages de leurs clients, non seulement dans le monde digital mais également sur l’usage des services dans le monde physique, et ce depuis de nombreuses années. Comme chacun sait, l’apprentissage des systèmes de « deep learning » se fonde sur l’exploitation de masses de données considérables. Plus il y a de data et plus vite le système apprend. Aujourd’hui en Chine, les systèmes d’IA qui sous tendent les mastodontes du business digital sont donc nourris d’une manne de données gigantesque, qui décrit les usages digitaux et « phygitaux » des internautes. Et sur des masses d’utilisateurs énormes, dont les comportements, de surcroît, sont culturellement plus normés et disciplinés - donc plus homogènes. De quoi prendre une réelle avance. L’écosystème digital occidental n’en est pas encore là. Et maintenant que la Chine est entrée dans la course aux brevets et à la propriete intellectuelle, elle a donc à la fois les moyens de sécuriser ses avancées en matière de technologie, et de pérenniser son avance en matière de data. Courir après les brevets et innover coûte cher, mais courir après la masse de données nécessaire pour que l’IA apprenne vite n’est pas qu’une question d’argent. Le temps perdu ne s’achète pas. Et je dis que cette barrière a l’entrée permettra aux chinois de battre les GAFA sur l’IA dans notre décennie.

Pascal Ordonneau

« D’ici 5 ans, les Etats auront largement régulé l’internet de la finance »

Dans l’univers financier, le citoyen, homo oeconomicus souverain, a vu internet effacer les frontières, celles verticales qui, via des tiers de confiance autoproclamés, avaient détourné l’argent et sa production à leurs seuls profits, celles horizontales qui empêchaient Jim d’échanger des valeurs avec Kurt par-delà les frontières, par de là les institutions et les réglementations. Les nouvelles monnaies dynamitaient les anciennes. L’argent était rendu aux peuples Le bitcoin avait surgi « out of the blue » ? la Libra débarqua à son tour. Ce que Facebook avait apporté au monde en connection et en connivence, il le répéterait dans le domaine de la monnaie. Les esprits modernes revendiquent la libération des monnaies ? Mais la monnaie n’est pas qu’un voile mal rapetassé. C’est le véhicule de la valeur. Un Etat ne peut pas la voir transporter sans contrôle. Pas plus qu’il ne peut « libérer » la justice, l’armée ou la fabrication des lois. Or, le souverain chatouillé, Facebook fut obligé de rétropédaler. Les acteurs du numérique avaient pris beaucoup trop de liberté ? Les nuages se sont amoncelés sur les nouveaux acteurs de l’économie monétaire et financière. Après les réussites on a vu les meilleurs tomber dans le giron des institutions classiques inféodées à leurs organes de tutelle, les banques centrales. S’y ajoutent les ratés : échecs, escroqueries et officines de voyous. Les Etats ont réagi : la Chine s’en est prise au minage des monnaies cryptées. L’Espagne contraint la détention d’actifs en bitcoin. La France prend la tête d’une croisade anti-libra. La contre-attaque se poursuit : les Etats s’installent dans le jeu des cryptos. Ils lancent des projets ou les mettent en œuvre. Ce mouvement va des plus petits aux plus grands : des Bahamas et Chypre à la Chine et la Suède. Le mouvement de « prise en main » vient de commencer. Dans 5 ans, les Etats auront achevé une nouvelle approche de la monnaie et de la finance. L’internet de la finance aura été renationalisé.

Yann le Floch

Je prédis que comme pour l’histoire d’internet la crypto-sphère ne tiendra pas ses promesses initiales, mais que ces dernières pourraient se réaliser sous d’autres formes.

Quelle était la promesse historique de l’écosystème crypto, des cyberpunks des années 90, cristallisée par le White Paper de Satoshi Nakamoto en octobre 2008, et avec l’histoire qui a suivi, et qui se vit aujourd’hui.

Un message contenu dans le bloc Genèse de la Blockchain Bitcoin nous donne un indice. Ledit Satoshi écrit en anglais « The Times 03/Jan/2009 Le chancelier est à l’aube d’un deuxième plan de sauvetage bancaire ». Ce message faisant référence à un titre du journal britannique The Times pendant la crise des subprimes, et au chancelier de la banque centrale d’Angleterre s’apprêtant à sauver de nouveau les banques britanniques au bord de la faillite.

Il semble apparaître ainsi que l’initiative de création du Bitcoin ait été motivée pour trouver une alternative technologique au système bancaire classique.

Nous pouvons considérer qu’aujourd’hui au travers du développement de la DeFi (Decentralised Finance), au cœur de l’écosystème crypto, une partie de cette promesse se réalise. Un écosystème bancaire se crée par des gestions de comptes, des paiements, des financements, des investissements décentralisés tenus par des technologies. Et l’ensemble des services financiers associés, custody des tokens et crypto, places de marché, fonds, conseil de gestion, produits dérivés, assurances. Bref la DeFI est devenu un maillage de systèmes financiers dont la logique économique est assez classique, faire du rendement, gagner de l’argent, le « Qui veut gagner des millions » en somme cher à Jean Pierre Foucault.

Toutefois, il serait à noter que l’écosystème historique des Blockchain était constitué de personnes assez libertaires, qui avaient pour vocation, dans l’esprit de la philosophie Blockchain, de partager le pouvoir, par des systèmes de validation décentralisés, et la valeur par la décentralisation afférente de la création monétaire selon des principes d’équité pour une capacité énergétiques équivalente.

Il semblerait désormais qu’au travers de la concentration des miners, micro-banque centrales digitales, des exchanges principaux, bourses et banques des temps modernes, des systèmes de paiements assez uniformes, des applications clés, des formes de monopole apparaissent comme lors de la consolidation progressive d’internet.

L’écosystème de la crypto sphère devient ainsi progressivement un système financier sans banque, et sans banquier, mais avec une logique économique et financière identique, et bien souvent une motivation financière encore plus marquée.

Le partage du pouvoir et de la valeur reste une promesse à construire ou à reconstruire, ce qui laisse un champ des possibles très larges pour les acteurs de demain.

Serait-il même envisageable que le système bancaire et financier classique guidé par l’action démocratique soit le champ de ces nouvelles conquêtes, notamment au travers des notions de « Great Reset » évoquées par des réseaux de pouvoir, à tort ou à raison. Qu’en penseraient Alice & Bob ? Ils nous le laisseront savoir peut-être un jour.

Croyez-vous à ma prédiction ?

Sondage

Vincent Lorphelin

Croyez-vous que la France reviendra dans la course des technologies décentralisées en 2025 ?

  • Oui
  • Oui, mais autour de 2030
  • Je ne sais pas
  • Non, le gouvernement ne lancera pas de politique pour le brevet
  • Non, le brevet va disparaître
  • Non

Nathalie Janson

Croyez vous que l’Euro numérique ne sera disponible qu’auprès des banques commerciales?

  • Oui
  • Je ne sais pas
  • Non l’Euro Numérique sera accessible au public auprès de la banque Centrale
  • Non, l’Euro numérique ne sera pas distribué auprès du public mais restera une monnaie de règlement interbancaire
  • Non

Richard Strul

Croyez-vous que la Chine dominera les GAFA pour l'intelligence artificielle en 2030 ?

  • Oui
  • Oui, mais chacun aura son segment de marché
  • Je ne sais pas
  • Non, les GAFA vont s'étendre plus vite géographiquement
  • Non

Pascal Ordonneau

Croyez-vous que les Etats auront largement régulé l’internet de la finance d'ici 5 ans ?

  • Oui
  • Oui, mais pas avant 10 ans
  • Je ne sais pas
  • Non, les Fintechs vont contourner la réglementation
  • Non

Yann Le Floch

Croyez-vous que, comme pour l’histoire d’internet, la crypto-sphère ne tiendra pas ses promesses initiales, mais que celles-ci pourraient se réaliser sous d’autres formes ?

  • Oui
  • Oui, mais la crypto-sphère continuera même à une échelle plus réduite
  • Je ne sais pas
  • Non, la crypto-sphère construira une économie indépendante des institutions
  • Non