Webinaire du 19 novembre 2020

De iconomie
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Yann Le Floch

Je prédis que « L’économie décentralisée pourrait se développer selon des bases différentes de la finance décentralisée » Je suis Yann Le Floch, banquier des monnaies digitales. Aujourd’hui, les activités financières de la DeFi ou decentralized finance s’avèrent présenter une forme d’hyper financiarisation. Les effets de levier, les volatilités du marché, les rendements attendus, s’avèrent encore plus marqués que dans la finance traditionnelle. De plus, les écosytèmes DeFi nécessitent un accès non négligeable à du capital, même modestement, et valorisent la valeur créée, principalement financière, dans des modes de distribution et de gouvernance construits avant tout en fonction de votre poids financiers de capital, selon une approche traditionnelle.

Créer du capital digital a pu se faire cette dernière décennie dans l’écosystème crypto, par la transformation du travail de crypto techs, en confiance financière. Une alchimie complexe, et parfois dangereuse, mais qui doit être saluée dans l’émergence de la confiance dans des quasi-métaux digitaux, Or du Bitcoin, Argent de l’Ether, et autres. Toutefois, ces écosytèmes valorisent à ce stade très peu l’économie au sens strict, la gestion de la maison commune par le travail. La notion de travail économique, dans la digitalisation de la valeur d’actifs économiques non-financiers restent encore à construire, ce qui amènent certains, à considérer l’usage des technologies Blockchain et DLTs, pour contribuer à créer une Dec, decentralized economy, qui soit moins sensible aux aspects financiers.

Une des bases d’une économie distribuée, est certes la monnaie, indispensable aux échanges. Le Bitcoin en était ainsi un des potentiels piliers théoriques, toutefois, sur ces bases, une finance s’est construite sur cette proto-monnaie théorique, plutôt qu’une économie. La promesse initiale de l’écosystème Blockchain de partager le pouvoir et la valeur nécessite qu’une monnaie numérique soit liée avant tout à des actifs économiques plutôt que des actifs financiers. Tout le monde possède une force de travail sous une forme ou une autre, tout le monde ne possède pas de capital.

Par ailleurs, une finance basée sur une valorisation sans fin d’actifs, et la confiance qui est accordée dans cette promesse, doit se construire aussi sur une production économique ou un risque fort d’une explosion de la bulle de confiance, un jour, est quasi inévitable.

Ainsi la promesse de distribution du pouvoir et de la valeur de l’écosystème Blockchain a été mis en échec, en construisant un écosystème financier faiblement décentralisé, dans lequel des phénomènes de concentration de capital apparaissent fortement, et en oubliant de construire une économie, de production et de transformation de biens, ou de services, utilisant pleinement le potentiel des technologies Blockchain pour penser des chaînes de valeurs économiques plus équilibrées, dans le partage de la valeur, et dans une forme de démocratisation du pouvoir économique et financier. Les promesses de décentralisation de la valeur et du pouvoir de l’écosystème Blockchain restent peut-être encore à construire. Ainsi, à la manière d’une vision budgétaire, la création monétaire pourrait-elle être réellement décentralisée selon des axes géographiques, sectorielles, au sens économique classique, voir sectorielle au sens politique, c’est-à-dire sociale, environnementale, ou démocratique, tant au niveau de l’économie que de la finance, d’un point de vue publique comme privée. Les notions de « colored coins » construites dans l’écosystème Bitcoin peuvent être une piste économique à ces questions. Serait-il même possible que la création monétaire réponde à des règles de marchés aux pluriels basées sur des besoins économiques individuels ou collectifs, plutôt que sur une diffusion quasi-administrative selon des opportunités de profit.

Une création monétaire décentralisée selon des règles de marché démocratique, ne serait-elle pas le garant d’une économie équilibrée, et d’un pouvoir donc distribuée, selon ainsi des règles d’équilibre entre des intérêts parfois contradictoires. Ne serait-ce pas ainsi l’esquisse d’une économie décentralisée en son fondement financier. La transposition économique de cette distribution au travers de la diffusion monétaire bancaire, ou d’un jeux économique équilibré au travers de ses chaînes de valeurs, régulé, ne pourrait-elle pas se faire par des règles de marché, selon des sortes de « trip advisor » économiques et démocratiques, pour équilibrer des mains invisibles.

Au sein d’un cadre, une distribution du pouvoir et de la valeur serait ainsi selon des équilibres de marché plus optimale que dans les structures actuelles. La finance classique comme la finance des crypto-actifs pourraient répondre à ces esquisses de questionnement.

Croyez-vous à ma prédiction ?

Richard Strul

N/A

Pascal Ordonneau

Les monnaies souveraines digitales vont-elles replacer les banques centrales au centre de la vie monétaire et relèguer les banques secondaires?

Dans le passé, la Banque de France offrait des comptes de dépôts à une clientèle de particuliers plutôt aisés. Elle tenait des comptes courants au profit des entreprises. Elle encaissait pour leurs comptes, effets de commerce et chèques. Son service de caisse assurait leurs besoins de monnaie « fiduciaire », les billets de banque. il y a cinquante ans, l’explosion de l’économie bancaire, a conduit les banques centrales à s’écarter d’un métier très consommateurs de ressources humaines et de techniques « classiques », Les banques centrales « placées » au centre de la vie monétaire, relèvent donc d’une conception relativement récente de la vie bancaire et des politiques monétaires. Or les nouvelles technologies n’interdisent en aucune façon qu’un établissement gère des millions de compte sans crouler sous le nombre des clients et des opérations. Les monnaies souveraines digitales s’appuyant sur ces nouvelles technologies, pourraient donc être gérées par les banques centrales. Cela se traduirait par une révolution dans le mode de financement de l’univers bancaire et de ses offres de crédit. De fait, les utilisateurs de monnaies digitales pourraient souhaiter que l’offre de cette monnaie par la banque centrale s’accompagne d’une gestion directe par l’émetteur, qu’il s’agisse d’ouvrir des comptes sur lesquels les monnaies digitales seraient créditées ou qu’il s’agisse de pure monnaie virtuelle enregistrée comme telle via une blockchain dédiée. Les soldes créditeurs seraient alors localisées dans les banques centrales provoquant le retour de la situation des banques commerciales, il y a un demi-siècle, quand elles étaient dites « dans la banque (centrale) ». Elles dépendaient alors de cette dernière pour se refinancer. Elle subissait donc le risque que la banque centrale « oriente » ses refinancements en fonction des objectifs gouvernementaux. A ce risque de bilan, s’ajoutait un risque d’exploitation : le coût des refinancements. Dans ces conditions, ce serait un curieux « rétropédalage » que de restituer aux banques centrales la faculté d’exercer le métier classique de banque de particuliers et d’entreprises ! Pourtant, certains mouvements (***à préciser***) concernant les « CBDC » laissent à penser que ce mouvement, sans être neutre, serait possible.

Vincent Lorphelin

Je prédis que les GAFA et BATX vont imposer le dollar et le yuan numériques dès 2022.

Je suis Vincent Lorphelin, Conseil en stratégie et brevets d'usage, et co-Président de l'Institut de l'Iconomie.

Jack Ma, le milliardaire chinois fondateur d'Alibaba, voulait récemment introduire en bourse sa filiale Ant Financial. Avec 34 milliards de dollars, ceci devait être la plus grande levée de capitaux de tous les temps, mettre une entreprise chinoise au sommet des institutions bancaires internationales et devenir le symbole d'une Chine triomphante sur le terrain du capitalisme occidental.

Pourtant, ce rêve chinois a été brutalement stoppé par son propre gouvernement. Celui-ci a publié quelques jours avant un projet de loi qui remet en cause radicalement le modèle économique et la valorisation de Ant Financial, donc son introduction en bourse.

Le Financial Times considère que ceci "révèle la nature du régime de plus en plus autoritaire de la Chine". Cependant, il faut faire un parallèle avec les gouvernements occidentaux qui ont aussi montré beaucoup d'autoritarisme vis-à-vis de la Libra de Facebook. En fait, il ne s'agit pas d'une affaire de régime, mais d'une affaire de pouvoir.

C'est dans les deux cas l'application de la politique du Cardinal de Richelieu. Le Ministre de Louis XIII avait édicté deux règles pour confirmer le pouvoir du souverain : "rabaisser l'orgueil des grands - c'est-à-dire les hommes puissants" et "raser toutes les places qui ne sont point frontières - c'est-à-dire les forteresses qui ne défendent pas le royaume - ".

Il ne faut pas s'y tromper, Facebook comme Ant Financial, et à leur suite les GAFA et BATX, sont en cours de vassalisation pour tout ce qui concerne les monnaies et les services financiers de taille systémique. La Chine ne cache pas son souhait d'utiliser la puissance technologique d'Ant Financial et de son concurrent Wechat pour diffuser massivement le Yuan numérique dès 2022. Le jeu de la compétition obligera les Etats-Unis à trouver des accords symétriques avec ses propres champions pour diffuser massivement le dollar numérique.

C'est pourquoi je prédis que les GAFA et BATX vont imposer le dollar et le yuan numériques dès 2022.

Nathalie Janson

La régulation bancaire va progressivement s'étendre aux Fintech

Prédiction personnelle : «L’émission par la China Construction Bank de la première obligation tokénisée échangeable en BTC/USD prouve que la Chine veut être leader en matière de finance digitale dans les 5 prochaines années »

500 mots, 4 minutes

(L’offensive de la Chine) Après le lancement par la Chine de la première monnaie digitale banque centrale, c’est au tour de la seconde banque au monde – la China Construction Bank – de se lancer dans la course au digital en annonçant l’émission d’obligations tokénisées pour un montant de 3 milliards de dollars via sa filiale malaisienne. Cette première montre la volonté affichée de la Chine d’affirmer son leadership en matière de finance digitale. Les autorités ne sont pas à une contradiction près. On rappelle que le BTC est toujours interdit en Chine. En outre, cette annonce a été faite au moment même où le gouvernement stoppait l’IPO d’Ant Group de Jack Ma. Peut-être une manière de répondre à la critique de Jack Ma sur le retard des banques chinoises, principalement détenues par l’Etat.

(L’émission d’obligations tokénisées) L’émission de ces obligations tokénisées s’est faite via la filiale off-shore de China Construction Bank à Labuan en Malaisie et est cotée sur la place de Fusang qui cote déjà des cryptomonnaies et cryptoactifs permettant d’attirer les investisseurs USD/BTC pour acheter ces obligations tokénisés. La première tranche émise vendredi 13 Novembre l’a été pour un montant de $58 millions et une maturité de 3 mois avec un taux d’intérêt annualisé de LIBOR + 50 points de base, approximativement 0,75%. Ce taux est supérieur au rendement offerts par les certificats de dépôts émis par les banques américaines, titres comparables à ceux émis par China Construction Bank.

(Pourquoi recourir à une émission d’obligations tokénisées) L’avantage de cette émission tokénisée est qu’elle permet d’émettre des montants minimum plus faibles - à partir de 100$ - à des coûts réduits ce qui permet de toucher un public d’investisseurs individuels. En effet, les certificats de dépôts émis en dehors de la blockchain de façon traditionnelle le sont pour des montants plus élevés – en Chine le montant minimal est équivalent à $4000 - et ne peuvent donc toucher que des investisseurs professionnels et institutionnels. L’émission de certificats de dépôts tokénisés permet de démocratiser sa détention à tout investisseur. Pour ce dernier, c’est une autre façon plus rentable de détenir des dépôts. Cependant, ni les investisseurs résidents américains, Chinois, iraniens ou nord-coréens n’auront accès à ces titres dont les fonds seront déposés auprès de la filiale de la CCB en Malaysie.

(Un gain de réputation pour la Chine et pour la Malaisie) Si cette émission remporte un succès, le CEO de la place de Fusang a annoncé qu’il développerait des émissions tokénisées dans d’autres devises – en Yuan notamment . Les 3 grandes banques chinoises seraient potentiellement sur les rangs pour de prochaines émissions. Elles y voient un nouveau moyen d’accroitre leur base de dépôts. Le succès de cette première tranche représente un enjeu important pour la Malaysie et pour la Chine, une tentative pour déplacer vers l’Asie le centre de la finance du futur. Si le futur de la Finance est digitale, alors la Chine persiste dans sa stratégie de verrouiller des effets de réseaux en étant le pays pionnier en la matière. .

Sondage

Vincent Lorphelin

Croyez-vous que les GAFA et BATX diffuseront les dollar et yuan numériques dès 2022 ?

Oui / Oui, mais après 2025 / Je ne sais pas / Non, certains utiliseront leurs propres monnaies privées / Non, les banques centrales ne passeront pas par eux / Non


Pascal Ordonneau

Les monnaies souveraines digitales vont-elles replacer les banques centrales au centre de la vie monétaire aux dépens des banques commerciales ?

Oui / Oui, mais les banques commerciales développeront beaucoup de nouveaux services sur les CBDC / Oui en Chine, Non en occident / Je ne sais pas / Non, le lobbying des banques commerciales s'y opposera / Non

Yann le Floch

Croyez-vous que l’économie décentralisée se développera sur des bases différentes que celles de la finance décentralisée ?

Oui / Oui, et la crypto-sphère retrouvera ses valeurs originelles / Je ne sais pas / Non, on observera la même dérive que la Fintech / Non

Nathalie Janson

Croyez vous que la Chine sera leader en matière de finance digitale dans les 5 prochaines années ?

Choix multiple : Oui / Je ne sais pas / Non plutôt à un horizon de 2 ans/ Non, plutôt à un horizon de 10 ans/ Non les Etats-Unis riposteront avant