Recommandations à l'État

De iconomie
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Première priorité : informatiser l’État

L’État ne sera pas crédible quand il prêchera le « numérique » s'il ne donne pas l'exemple.

Sa première priorité porte donc sur la qualité de sa propre informatisation. Il lui faut contourner progressivement mais résolument les obstacles à l'échange et à la coopération que cause le particularisme des professions et spécialités afin d'informatiser raisonnablement les administrations et les grands systèmes de la nation (santé, éducation, justice, défense, etc.), et pour cela :

  1. d'élucider leurs missions et finalités (« que produit-on ? »), leur sémantique (choix des données), leurs processus de production (« comment produit-on ? »), leur contrôle (sécurité, choix des indicateurs), leur stratégie (partenariats, orientation vers l'iconomie) ;
  2. d'organiser dans chaque institution la coopération productive entre les agents opérationnels (médecins, professeurs, juges, etc.) et l'automate programmable.

Familiariser la culture de la société française avec l'informatisation

L'informatisation est étrangère à la culture et aux valeurs des diverses couches de la population. Il faut, pour qu'elles s'y apprivoisent, que son vocabulaire et son histoire leur soient devenues familières :

  1. donner à l'informatisation une priorité dans la communication du gouvernement notamment par rapport à la « transition énergétique » ;
  2. encourager la publication d'ouvrages, films, émissions de radio et de télévision sur l'histoire de l'informatique et sur celle de l'informatisation, qui est sa mise en pratique dans les institutions et les entreprises ;
  3. enseigner dès le secondaire l'informatique et aussi l'informatisation.

Stratégie productive : vers une économie de la qualité et de la compétence

Les produits de l'iconomie sont des assemblages de biens et de services qui se distinguent sur le marché par leur qualité, tandis que leur production s'appuie sur la compétence du cerveau-d'œuvre et leur commercialisation sur le discernement des consommateurs. Ce sont là les trois facteurs clés de la compétitivité de la France :

  1. définir la qualité par l'intelligence de la conception du produit et des services qu'il comporte et non par le luxe de sa finition ;
  2. afficher que le critère de l'efficacité du système productif est le bien-être matériel de la population, c'est-à-dire la satisfaction des besoins des consommateurs (sa priorité n'est donc ni la création de valeur pour l'actionnaire, ni la création d'emplois) ;
  3. professionnaliser les services (formation, diplômes, niveau de rémunération) ;
  4. promouvoir avec l'Internet des objets la traçabilité de l'origine et des composants du produit, ainsi que tout ce qui peut permettre au consommateur d'évaluer sa qualité (labels, AOC, etc.) ;
  5. encourager les consommateurs à rechercher « le meilleur rapport qualité / prix » plutôt que sur « le prix le plus bas », inciter les distributeurs à réorienter ainsi leur publicité ;
  6. veiller à l'exactitude et à la lisibilité de l'information des consommateurs sur la qualité des produits ;
  7. sanctionner fermement le délit d'information fallacieuse.

Informatisation du système productif

Les systèmes d'information des entreprises sont de qualité variable et le plus souvent défectueux. Il faut donner à leurs dirigeants des repères pour les évaluer et de les orienter vers l'efficacité :

  1. publier un référentiel de la qualité des systèmes d'information ;
  2. mettre en place l'observation statistique qualitative de l'informatisation des entreprises ;
  3. encourager les échanges sur les meilleures pratiques et sur la leçon à tirer des échecs.

Intégration du cycle complet des produits

La finalité d'un produit réside dans les effets utiles qu'il procure au consommateur. L'informatisation permet de le suivre pendant sa durée de vie des biens jusqu'au recyclage du bien qu'il comporte :

  1. allonger la durée de garantie des biens ;
  2. normaliser et généraliser les services que procure l'Internet des objets ;
  3. transformer le consommateur en utilisateur : favoriser l'utilisation locative des produits par rapport au cycle achat/propriété/consommation ;
  4. rendre le producteur responsable du recyclage des produits obsolètes ou usés autant que des déchets qu'occasionne la production.

Réguler les éco-systèmes

Les règles qui régissent le droit des entreprises et leurs relations doivent être adaptées aux exigences de l'iconomie :

  1. appliquer fermement la loi sur les délais de paiement ;
  2. encourager un passage de la relation de sous-traitance au partenariat ;
  3. définir un droit du partenariat équitable (interopérabilité, transparence, partage de la rentabilité) ;
  4. donner pour cadre juridique à l'entreprise la société de compétences et non plus la société des actionnaires (cf. le livre de Ségrestin et Hatchuel) ;
  5. élargir la participation des salariés aux conseils d'administration ;
  6. réglementer le niveau maximum de la rémunération et des primes des dirigeants, ainsi que celui des stock-options et des dividendes ;
  7. interdire le LBO (leveraged buyout).

Contenir les risques qu'apporte l'informatisation

L'informatisation étant une arme puissante, il faut contenir la prédation que son usage peut occasionner en particulier dans la Banque :

  1. afficher que la mission de la Banque n'est pas la production d'argent mais l'intermédiation du marché du crédit et la création de monnaie par arbitrage entre le rendement et le risque ;
  2. renforcer les moyens de lutte contre l'aide que l'informatique procure à des délits (blanchiment, abus de biens sociaux, fraude fiscale, crime organisé) ;
  3. rendre le président d'une banque personnellement responsable des éventuels délits qu'a commis son entreprise (assistance aux délits ci-dessus, information fallacieuse, etc.) ;
  4. réguler l’utilisation des algorithmes par les salles de marché, interdire en particulier le trading à haute fréquence ;
  5. découper les plus grandes banques afin qu'aucune d'entre elles ne soit plus « too big to fail ».

Innovation

Plutôt que de sortir « par le bas » de la concurrence internationale en réduisant ses coûts et sa fiscalité, la France peut ainsi en sortir « par le haut » en mobilisant le potentiel d’innovation du foisonnement technologique actuel[1].

Modèle social

Notre modèle social nous met en porte-à faux pour les deux types d'innovation : innovation de rupture ou innovation incrémentale [2]

Fiscalité

Partant du principe que les transactions sur l'Internet sont entièrement numérisées, la commission des finances propose une déclaration des revenus à la source transmise par les plateformes de la consommation collaborative.

Pédagogie

Il faut expliquer et maîtriser les évolutions en cours car les peuples, inquiets de vivre les conséquences de phénomènes incompris, peuvent provoquer des révolutions politiques[3].

Posture

Dans de nombreux domaines confrontés à un changement technologique, nous nous demandons comment protéger l’existant alors qu’il faudrait d’abord chercher à tirer au mieux parti du changement. En agissant de la sorte, nous freinons le développement de nouvelles activités et de nouveaux emplois. Les industries de la musique et des jeux en ligne sur Internet constituent deux exemples récents de ce type de réaction[4].

Salaire

Les salariés doivent bénéficier de conditions avantageuses pour acquérir jusqu'à 18 à 20% du capital des entreprises afin de les associer à la réussite de ces entreprises [5].

Stratégie

L'informatisation ne peut réussir que si elle prend racine dans son histoire, sa culture, ses valeurs : il nous faut concevoir une "informatisation à la française"[6]

Subventions

Éviter de perturber les marchés émergents avec des subventions maladroites

Le gouvernement envisage de subventionner à hauteur de 75 millions d’euros chacun deux projets de « cloud souverain », où l’on retrouve les spécialistes habituels de la captation de subventions et de marchés publics ou protégés, en concurrence avec ce que font déjà sans subvention OVH, Gandi et d’autres[7].

Notes et références

  1. ATTALI Jacques. Commission pour la libération de la croissance française, 8 Juin 2010, p.55 Rapport intermédiaire
  2. L’innovation pour redresser l’économie française ?
  3. SAINT-ETIENNE Christian. L'Iconomie pour sortir de la crise. Odile Jacob, 2013, p.67
  4. LEVY Maurice et JOUYET Jean-Pierre, L'Economie de la Connaissance, 2006, p.III Rapport
  5. SAINT-ETIENNE Christian.L'Iconomie pour sortir de la crise. Odile Jacob, 2013, p.162
  6. VOLLE Michel. Iconomie. Xerfi Economica 2014, p.190
  7. Entreprises françaises de l'iconomie


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