Réunion du 16 Mars 2016

De iconomie
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Assemblée de l'Institut de l’Iconomie, 16 mars 2016
Liste des réunions

Ordre du jour

Invités

  • Geneviève Bouché
  • Thomas Busuttil

Exposés- pitches

La face cachée de la transformation numérique
René Mandel
Valeurs de l’iconomie
Michel Volle
Économie collaborative responsable
Thomas Busuttil
Économie du partage, hypercapitalisme et emploi
Vincent Lorphelin et Jean-Pierre Corniou
Stagnation séculaire
Gilles Moutet
Iconomie et automobile
Jean-Pierre Corniou
Data scientism 
Sylvie Billard et Michel Volle
Valeur ajoutée et paiement à l’usage dans une économie servicielle
Nicolas Cugier

Invités

Thomas Busuttil

Cofondateur d'Utopies, spécialiste du DD.

Ancien de l’ANDRA. Confronté aux enjeux sociétaux et environnementaux.

Puis dir DD chez Vinci, xx et SFR. Créé le cabinet Imaginables. Puis fusion en cours avec Utopies. Focus depuis 2-3 ans sur le lien innovation – DD.

3 modèles : collaboratif, fonctionnel, circulaire.

Geneviève Bouché

Auteur

Double formation Télécoms et Dauphine (formation pour le CGP, futurologie ; thèse avec Simon Nora). J’ai été au cœur des stratégies numériques de France Télécom, à l’époque où France et Japon se tiraient la bourre, jusqu’à ce que « les Américains sifflent la fin de la partie », et que le Minitel, « notre maquette que nous avions dû sortir en urgence », ait la fin tristoune que vous connaissez, qui était contractuelle entre les Américains et nous.

J’ai créé une société en management de l’innovation, j’ai pu la vendre dans de bonnes conditions, et m’occuper de start-up. Avec Bernard Zimmern (IFRAP) j’ai initié une réflexion sur « comment sortir nos start-up de l’extrême pauvreté ».

Je me suis également impliquée dans le monde politique (présidentielle François Bayrou, je n’ai pas été déçue) après avoir accompagné le MEDEF. Je me suis recentrée sur l’entrepreneuriat, je mentore ~5 start-uppers, j’ai créé Dauphine BA.

Je suis désolée de la vacuité intellectuelle actuelle en futurologie.

Je suis très impliquée dans la Société Française de Prospective, discipline complémentaire.

Ce n’est pas le numérique qui change notre civilisation ; c’est « nous » qui avons de nouvelles ambitions et « nous » dotons des outils de ces ambitions. Un changement de civilisation de même ampleur que le passage de l’état nomade à l’état sédentaire. Celui-ci avait pris des dizaines de siècles ; pour nous, le défi climatique ne nous laisse pas ce temps.

René Mandel

La face cachée de la transformation numérique. Club Urba-EA.

La transformation numérique crée de nouveaux espaces, "cyberespaces", dont certains sont des "vitrines" donnant vision sur le patrimoine SI existant. Cela implique une hybridation du patrimoine existant.

Ce mouvement pose la question de la vitesse de transformation.

Les solutions technologiques évoluent à une vitesse fantastique — salon big data.

Beaucoup de gens font des data lakes pour l’analytique et le marketing prédictif, je crois que ça va passer aux processus opérationnels, mais cette évolution reste à faire.

JP Corniou : les gens qui s’occupent de Cobol sont ostracisés, et on a les yeux de Chimène pour les gamins de start-up, alors que c’est au plus 10% de l’emploi, du chiffre d’affaires. Comment sortir intelligemment du vieux monde ? Garder le fonctionnel en modernisant ces chaînes ? Donner au « neuf » la robustesse qui le rendra opérationnel ?

R. Mandel : comment prend-on en compte la vitesse ? Le développement d'applications en méthode agile va beaucoup plus vite. Le business aussi. Mais il y a 2 vitesses :

  • celle des créations dans les cyberespaces, qui sont le fait de start-up ou des GAFA, entreprises agiles et globales,
  • celle de l'hybridation du patrimoine existant, qui est moindre,

L'hybridation, dans la course concurrentielle, est sans doute aussi stratégique pour les entreprises que la création de start-up.

Michel Volle

Vous avez tous reçu le PDF de mon bouquin sur les valeurs. Il répond un peu à ce que Geneviève Bouché dit là. Si les choses évoluent sur la trajectoire actuelle, le monde sera dominé par les prédateurs. Je me heurte à deux difficultés, deux hypocrisies qui sont dans toutes les têtes.

La pluridisciplinarité, tout le monde dit que c’est bien, mais si vous parlez sur plusieurs disciplines, traitez un sujet qui demande à être éclairé sous plusieurs facettes, tout le monde tord le nez.

Et un problème historique : deux faces de l’histoire coincent, s’articulent mal.

Les corporations résistent de toute leur force. IBM rejetait internet, Steve Jobs ne voulait pas de prise de communication sur le Mac (sic).

Les gens qui réinventent le monde ne sont pas deux petits gars dans un garage, ce sont des gens avec des compétences intellectuelles extrêmement pointues. Voir l’article de Larry Page sur la création de Google, la question de la scalabilité présente dès le début.

JM Quatrepoint : nos grandes écoles répondent à un comment et pas à un pourquoi.

Volle : les cours d’informatique de l’X sont des cours de maths.

Thomas Busuttil

l’économie responsable : comment on gère la transition ? Comment regarder la finalité et non pas le cadre ? 6 critères que nous avons identifiés, d’une éonomue collaborative durable.

  1. La collaboration : communauté, et lien social. Blablacar a mis le lien social au cœur. AirBnB au contraire, la servicialisation. Blablacar fait de la concurrence à Meetic : une enquête de la Fing a montré que l’on revient sur Blablacar pour le lien social (qqun) : dont l’enjeu sécurité, extrêmement important.
  2. Les enjeux sociétaux : valeur d’usage (Heetch : transporter entre 20h et 6h du matin) plus que valeur d’échange (Uber).
  3. Partage de la gouvernance : Uber a baissé ses tarifs de 20% il y a 2 mois, les chauffeurs n’ont pas eu leur mot à dire. La Ruche qui dit Oui, les prix sont libres.
  4. Partage de la valeur : 12% pour La Ruche…, contre 20% pour Booking. Chaque nouvel entrant cherche une position de monopole.
  5. Ouverture des données : Booking ne donne à l’hôtel aucune donnée sur les gens. Accor ouvre une plateforme concurrente avec cet argument : vous hôtelier aurez accès aux données. La data est la monnaie du XXIème siècle.
  6. Prise de risque : vous êtes familier du coût marginal zéro … Les plate-formes n’assuement pas le risque opérationnel puisque les contributeurs ne sont pas leurs salariés. Elles jouent sur les trous dans la fiscalité pour obtenir un surprofit. Il y a un rééquilibrage à faire.

Michel Volle : avez-vous écrit tout ça ?

Thomas Busuttil : sur le site Utopies, note et version longue de l’article publié sur Le Monde.

JP Corniou : lire, de Robert Reich, « Selling capitalism » (for the many, not for the few) : mécanismes de distortion complète de la concurrence par le capitalisme actuel. Je me promets d’écrire un article sur « où sont les lobbies dans le monde ? ». Le capitalisme est plus corrompu qu’il ne l’a jamas été. Geneviève Bouché : en ce début 2016, ont eu lieu l’ouverture de la Maison du Bitcoin (si vous y allez vous gagnerez 1 bitcoin, qui vaut ~400 € !), et le lancement d’une start-up qui distribuera à titre expérimental le « revenu de base » à 350 familles. Pour moi la bascule se fera sur la refonte du pacte social, et sur la refonte du système monétaire. La Silicon Valley est sur ces deux sujets depuis 2002. Les start-up, ça se cultive comme un potager.

Nous avions dit aux américains : le prérequis pour internet, c’est un annuaire de services. Ils ont repris nos travaux, briefé les fonds… Larry Page et Cie avaient accès aux thèses qui reprenaient nos travaux.

QQun : LinkedIn, en processus de financiarisation, de rendement court terme, a complètement oublié la logique de confiance.

QQune : Eric Schmidt a une vraie vision politique pour le monde, anti-États.

JP Corniou : leur intérêt stratégique est celui des Etats-Unis.

JM Quatrepoint : où est l’œuf et où est la poule … Obama s’est cassé les dents sur les GAFA et l’American Chamber of Commerce. Hillary Clinton est la représentante du système, Trump représente une révolte de Main Street contre Wall Street.

Thomas Busuttil : « Sauver le monde » très bon livre de Michel Bowens sur la dimension juridique du « platform cooperativism ».

Qqun : OpenBazar montre le début d’une désuberisation des échanges.

Vincent Lorphelin et Jean-Pierre Corniou

Laure de la Raudière, de l’équipe de BLM nous a interrogés sur l’économie du partage, l’uberisation et l’emploi. On a cosigné avec CSE dans le Monde « économie du partage et hyper-capitalisme ». Les licences à réciprocité (de Michel Bauwens, que j’ai interrogé sur Xerfi Canal : Témoin de l'Iconomie)… On a eu une oreille attentive de Laure de la Raudière, quelqu’un d’intéressant.

J.-P. Corniou : mais la primaire va être de niveau cour d’école ; en campagnes électorales, la mauvaise monnaie chasse la bonne. D’ailleurs, elle m’a posé la question : comment j’explique la transformation numérique à mes électeurs dans les préaux d’école ? Nous, naïvement, on dit « il faut aller dans l’économie du Web etc. », ça ne peut pas être compris par l’électeur de base. Le problème des prochains mois sera de faire remonter l’intelligence au niveau des candidats.

Claude Rochet : l’éducation populaire a été détruite délibérément. Le CG des Mines nous reçoit et nous demande « Messieurs des Sciences Molles, savez-vous quelque chose que nous devrions savoir ? ». Il faut tirer la chasse. En politique, les meilleures personnes deviennent connes.

Gilles Moutet

5% des élus locaux sont convaincus que nous vivons une mutation… Pour 95%, qui utilisent leur portable, ils administrent à la plume d’oie. On envoie un milliard de documents par an aux préfectures pour qu’elles « contrôlent la légalité » de ce que font les collectivités.

Nous avons lancé sur les réseaux sociaux deux thèmes importants. L’un sur l’emploi, le travail, les métiers. François Rebsamen avait posé les bonnes questions et obtenu un bon rapport, resté sur étagère.

L’étude que nous avions fait il y a 50 ans avec Lagayette reste d’actualité !

Une dame à Bruxelles gère 130 M€ sur l’inter-opérabilité. Pisani-Ferry, dans son rapport sur la France dans 10 ans, ne dit pas un mot de l’informatique. Pourtant vous (iconomistes) étiez allés le voir !

Claude Rochet : Pourtant son frère Francis Pisani est en pointe sur les villes intelligentes… ça ne passe pas.

Gilles Moutet : Artus, Gordon… disent que les technologies n’ont pas apporté de croissance et de productivité. Aghion, … dit que l’on ne mesure pas les bonnes grandeurs, et que l’informatique porte une nouvelle forme de croissance, axée sur une augmentation de la qualité. Quelle position prendrions-nous, cercle de l’iconomie ?

JM Quatrepoint : Artus va un peu plus loin. L’iconomisation de la société coïncide avec une crise financière, avec un dumping fiscal et social mondial… Choc sans équivalent dans l’histoire. Les pouvoirs actuels achètent du temps, trimestre par trimestre. Les dettes mondiales : 3 fois le PIB. Et en même temps on n’investit plus. On aboutit à une régession sociale. Les bonus des banquiers de Londres en 2015 : 17 milliards de £. À qui profite le crime ? L’économie mondiale fonctionne pour ces connards cocaïnomanes.

Claude Rochet : Pascal avait inventé les transports en commun, les carrosses à heures fixes, mais les riches se les étaient attribués. Lewis Winford montre toutes les erreurs faites en matière de construction d’une « ville intelligente ».

Michel Volle : nous devons habiter ce modèle de l’iconomie, l’équiper. Les économistes sont prisonniers du modèle de concurrence pure et parfaite, et les statisticiens nationaux sont enfermés dans la comptabilité nationale et ses tonnes de ciment.

Michel Volle et Sylvie Billard

Sur « le data scientist ».

Michel Volle : j’ai proposé d’évangéliser la DISIC sur la question de la qualité des données. Elle n’intéresse personne. Les informaticiens ont une conception volumétrique des données, pas sémantique, pas scientifique. Et bizarrement les directions métier veulent camper dans leur univers sémantique personnel, « chez nous on dit ça comme ça ». Celui qui accepte de se charger de la qualité des données devient le bouc émissaire. Je suis en train de négocier une éventuelle rencontre avec M. Verdier.

Plusieurs : bon courage ! tu perds ton temps.

Sylvie Billard : c’est dans le cadre du dispositif ATENA d’accompagnement des projets. Il faut faire valider ça avec Henri Verdier.

Laurent Bloch : Jean-Jacques Kasparian a été un « martyr des données » à l’INSEE.

Michel Volle : l’INSEE me consulte sur la refonte de son SI. Jean-Pierre Corniou vient d’être nommé président du groupe de travail SI de Systematic.

Jean-Pierre Corniou : bonne nouvelle !

Nicolas Cugier

Le monde des services généraux est issu de l’externalisation de main d’œuvre à bas coût, au profit du recentrage allégué sur le core business. « Gérez-moi les bras cassés, quitte à ce que ça me coûte un peu plus cher, je ne veux plus les voir ». Résultat, pas de création de valeur ajoutée. Les donneurs d’ordre veulent « tant de coups de serpillière par jour ». Les prestataires répondent « c’est tant d’ETP ». 40% des entreprises de sécurité sont hors jeu (en marge de la loi).

Qqune : ils sont vendus 10 € de l’heure, je peux vous le dire…

Nicolas Cugier : 9,87 net € par heure ça ferait 15 € avec les charges, la SNCF paye 13 €, donc elle est dans l’illégalité. Les gens sont payés entre 5,5 € et 7 €. Nous essayons maintenant de « dire pourquoi » nous voulons que les choses soient faites. Pour que l’entreprise prestataire réponde « comment » et non plus « combien ». Pour créer une dynamique de coopération.

2 conséquences :

  • mettre en place le réacteur de la coopération. Fabriquer la réponse au besoin, et même fabriquer le besoin. « Je sais qui est l’homme de ménage, donc je vais faire attention à ne pas trop salir ». L’outillage numérique permet d’instrumenter. Par exemple, le nettoyage est utile… quand c’est sale. Pas à heures fixes. L’outil numérique permet d’observer s’il y a du monde, la météo… et d’en déduire un usage pertinent. Les personnels de nettoyage ne savent ni lire ni écrire, mais ont un smartphone et savent répondre aux besoins. Et l’outil permet de juger de la qualité, de la perception. On fait un RFI, un RFP… nous passons pour des fous furieux sur le marché. Les PME me disent « super, j’y crois ». Les grands groupes comme Thales, je traite de millions de m2, donc bataille géante avec Cofely ou Vinci.


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