République des Entrepreneurs (la)

De iconomie
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Introduction

Mondialisation, désindustrialisation, robotisation, ubérisation, colonisation par les géants californiens, la France sait qu'elle doit changer pour ne pas être déclassée, mais ne sait pas comment s'y prendre.

Son action publique est désastreuse pour l’innovation. L’ URSSAF et la Gendarmerie Nationale n’ont pas vu que poursuivre Uber et Clic and Walk malgré les appels à la modération de la Commission Européenne gêne la croissance par effet d’insécurité réglementaire. La Loi pour une République Numérique (LPRN), qui impose le contrôle administratif de la « loyauté » des plateformes, n’a pas vu qu’elle ne serait qu’une contrainte encombrante de plus. Le gouvernement n’a pas vu qu’empêcher la cession de Dailymotion ferait fuir de France les investisseurs internationaux. L’ Union Européenne, en suivant son agenda de Lisbonne, n’a pas vu que l’investissement dans la recherche génère moins de croissance que l’innovation d'usage. L’INSEE n’a pas vu que les entreprises créatrices d’emploi doivent moins leur succès aux secteurs porteurs qu'à leur transformation numérique. Le Ministère de la Recherche n’a pas vu que le Crédit Impôt Recherche soumet les PME à une forte incertitude fiscale. Complexité, incohérence, lourdeur administrative et manque d’évaluation sont dénoncés par France Stratégie et la Commission Européenne.

Ces maladresses à répétition sont symptomatiques d'un manque de vision[1]. Les experts sont en effet démunis pour décrire les transformations en cours, préalable pourtant indispensable à toute action collective pertinente[2].

Il est donc nécessaire de revenir aux mécanismes micro-économiques de cette transformation et, à cette fin, de recueillir les témoignages des entrepreneurs dans une perspective économique. C'est pourquoi une vingtaine d'entrepreneurs et quelques économistes ont contribué à l'écriture de cet ouvrage :

  • Arnaud Katz, co-fondateur de Bird Office
  • Bertrand Galley, co-fondateur de Product-live
  • Christian Saint-Etienne, économiste, co-Président de l'Institut de l'Iconomie
  • Clément Le Fournis, co-Fondateur d'Agriconomie
  • Cyrille Le Floch, co-fondateur de Qowisio
  • François Pacot, fondateur de Royal Cactus
  • Francis Jacq, philosophe, membre de l'Institut de l'Iconomie
  • Geoffroy Guigou, co-fondateur de Younited Credit (ex-Prêt d’Union)
  • Gervais Johanet, fondateur de Adonis Partners
  • Grégory Gazagne, Executive Vice President - EMEA, Criteo
  • Guilhem Miranda, fondateur de Flyovergreen
  • Hugues Chevalier, fondateur de Chevalier Conseil, membre de l'Institut de l'Iconomie
  • Idris Hassim, co-fondateur de LuckyLoc
  • Jean-David Chamboredon, co-président de France Digitale
  • Jean-Marc Béguin, Inspecteur Général honoraire, INSEE, membre de l'Institut de l'Iconomie
  • Jean-René Boidron, fondateur de Kameleoon
  • Jérôme Boyé, fondateur de Tecbak
  • Michel Bauwens, fondateur de la Peer to Peer Foundation
  • Michel Volle, économiste et historien, co-président de l’Institut de l’Iconomie
  • Mehdi Houas, co-fondateur de Talan
  • Nicolas d’ Auddifret, co-fondateur AlittleMarket
  • Pauline Laigneau, fondatrice de Gemmyo
  • Pierre-Henri Deballon, fondateur de Weezevent
  • Pierre Ollivier, co-fondateur de Winnotek
  • Philippe Hayat, cofondateur de Serena Capital
  • Philippe Honigman, fondateur de Ftopia

Grâce à leurs témoignages nous verrons que les menaces que porte l'économie numérique ont une cause fondamentale unique : le changement de nature de l'économie elle-même.

Nous verrons aussi que comprendre cette mutation revient à découvrir un nouveau continent. A d'autres époques l'Etat avait suffisamment de vision pour définir un plan industriel global ou au moins pour réguler avec efficacité les imperfections du marché et les ardeurs excessives des entreprises. Aujourd'hui, seule une alliance solide entre le souverain et les explorateurs, autour de nombreux projets communs, permettra de conquérir ce nouveau continent. Nous tâcherons d'en esquisser les contours et présenterons quatre premiers projets en espérant être rejoints par ceux qui, entrepreneurs privés et entrepreneurs d'Etat, voudront former avec nous la République des Entrepreneurs.

Nouvelles métriques

Note de lecture : Dans cette première partie, l'accumulation d'exemples est rendue nécessaire par le manque de travaux universitaires qui permettraient de les appréhender de manière plus conceptuelle. Ces exemples sont regroupés par paragraphe pour que le lecteur puisse au besoin accélérer sa lecture.

Les métriques de l'utilité

La manière dont nous mesurons l'économie a une influence décisive sur sa gestion et sa régulation. Mesurer le temps de travail aboutit au SMIC, au nombre de jours de RTT et à l'âge légal de la retraite. Mesurer la rentabilité aboutit à l'augmentation de l'épargne et à la circulation des capitaux.

En creux, nous ignorons ce que nous ne mesurons pas, ou mal : les effets positifs de la responsabilité d'un manager, du dévouement d'une infirmière, de l'agriculture raisonnée[3] ou d'une dynamique collective, les effets négatifs de l'obsolescence programmée, de la bureaucratie ou de l'empreinte carbone d'un produit.

L'utilité ou la désutilité de ces effets sont fondamentales en économie. Pourtant, bien que la théorie de l'utilité soit antérieure, elle a été supplantée par la théorie ricardo-marxiste de la valeur travail et la théorie néo-classique de la valeur de marché.

Or de nouvelles métriques s'invitent massivement dans l'économie pour évaluer cette utilité.

Mesure des effets utiles d'un produit

De la manière la plus élémentaire, les effets utiles d'un produit peuvent se mesurer par l'appréciation explicite d'un utilisateur.

La qualité des contributions dans Amazon est mesurée grâce à la question : « ce commentaire vous a-t-il été utile ? ». Un film sur Allociné, une location d'appartement sur AirBnB, la prestation d'un chauffeur de Blablacar, la propreté d'une Autolib' sont notés entre une et cinq étoiles. Une information postée par un contributeur de Facebook et les videos de Youtube sont encouragées par des « like ».

L'utilité se mesure aussi par l'analyse des marques d'intérêt de l'utilisateur, même implicites.

Un lecteur du journal en ligne Forbes révèle son intérêt lorsqu'il le partage sur Twitter, imprime un article, propose des corrections, demande des tirés à part, fait une extraction ou répond à un commentaire. Le modèle économique de Facebook est basé sur la proportion des internautes qui ont aimé, partagé, commenté ou cliqué sur une publication. Google News classe une information en fonction des jugements des internautes[4].

Les effets utiles sont mesurables par les « traces » de l'utilisateur, même lorsqu'il n'a pas exprimé son intérêt.

Amazon prédit "vous avez aimé ce livre, vous aimerez celui-là", après avoir suivi les achats de son client et son parcours à l’intérieur du site[5]. Linkedin devine quelles personnes vous connaissez sans doute. Tinyclues détermine les préférences du consommateur à partir de ses adresse e-mail et mots-clés tapés.
"Criteo prédit les intentions d'achat des internautes pour afficher la bonne publicité pour la
bonne personne au bon moment. On observe vers quels sites web le consommateur se dirige,
puis les pages de produits, sur lesquels il clique, les catégories, les services recherchés, le
temps passé sur ces pages et les produits mis dans le panier d'achat."
Grégory Gazagne, Executive Vice President - EMEA, Criteo

Grâce aux objets connectés, les traces ne sont pas limitées aux actions sur internet, mais concernent aussi les actions physiques.

La Renault Zoé trace ses usages pour orienter le développement des futurs modèles[6]. Le bracelet connecté de Disney, qui permet aux visiteurs d'accéder aux attractions, trace aussi leurs parcours dans le parc et leurs achats[7]. Le jeu sur smartphone Pokemon Go incite les joueurs à se déplacer physiquement. Apple Home coupe le radiateur si la fenêtre est ouverte, ferme l'arrosage dès qu'il pleut, éclaire le jardin lorsque la nuit tombe[8].
"Je peux connecter tout objet pour quelques centimes par an. Par exemple les
panneaux de signalisation sur les routes "disent" s'ils sont fonctionnels ou bien 
par terre, s’ils ont été déplacés ou même volés."
Cyrille Le Floch, co-fondateur de Qowisio

Personnalisation des produits

Grâce à ces métriques, la personnalisation des produits optimise leurs effets utiles pour chaque client, ce qui en retour accroît le besoin de métrologie.

iTunes suggère à l'utilisateur des musiques correspondant à ses goûts[9]. Netflix constitue une liste de films pour chaque téléspectateur. Waze calcule le trajet le plus rapide en fonction du trafic. VentePrivee effectue des recommandations d'achat individuelles. Les jeux sur smartphones de King s'adaptent à chaque joueur en fonction de sa dextérité.
"Nos algorithmes auto-apprenants se basent sur les comportements de l'internaute, son type 
d'ordinateur, le jour de la semaine, la météo, etc. pour décider du type de message ou de 
l'offre à lui envoyer. L'expérience client prend de plus en plus d'importance par rapport au prix."
Jean-René Boidron, fondateur de Kameleoon

La personnalisation concerne aussi la valeur sociale ou environnementale du produit, à laquelle les consommateurs responsables sont de plus en plus sensibles.

Après le « scan » du code-barre d'un produit alimentaire, Fooducate et GoodGuide notent la qualité nutritionnelle[10]. Abe’s Market filtre le catalogue des produits selon des critères comme le commerce équitable, le végétarisme ou l'emballage recyclable[11]. Progressive évalue la conduite d'un automobiliste et lui indique comment progresser[12].

Le vendeur est aidé par des tableaux de bords et outils d'aide à la décision pour améliorer son offre.

Celect suggère les prix de vente aux magasins à l'appui des données des inventaires et des clients[13]. Apicube analyse 1,6 million de documents pour mieux connaître les sujets de préoccupation des toulousains. Salesforce Einstein recommande des campagnes marketing à partir des ventes passées[14].

Le prix est ajusté en temps réel pour maximiser le rapport qualité subjective / prix.

AirBnB calcule le meilleur prix d'une location au jour le jour[15], Easyjet optimise chaque vente de billet d'avion, Uber définit le prix d'une course en fonction du trafic et du nombre de chauffeurs disponibles[16]. Boomerang Commerce ajuste le prix en fonction du stock, des prix de la concurrence, de l'heure, de la météo et des canaux de distribution[17]. Jet.com négocie les prix en identifiant les entrepôts les plus proches de l'adresse de l'acheteur[18].

La personnalisation de masse est encore accrue avec les modes de consommation, devenue plus sensible à l'usage d'un produit qu'à sa possession, avec l'augmentation du ratio service/bien dans les produits et avec la rémunération proportionnelle à l'usage.

MisterBell et Marketshot se rémunèrent en fonction du nombre de contacts client qualifiés. BlaBlaCar prend 11% de commission sur les partages de frais de voyage, AirBnB 9 à 15% sur le prix des nuités. Appstore prélève 30% du chiffre d'affaires généré par les « apps ». FinalCad se rémunère au m2 de chantier, Shift Technology au volume de fraudes détectées.
"Nos jeux sont gratuits, mais proposent des achats complémentaires à l'intérieur du jeu. Pour que 
ce modèle fonctionne, il faut augmenter la rétention des joueurs de façon à leur donner envie de
revenir sur le jeu et in fine de passer à l'acte d'achat. C'est du marketing auto-adaptatif, en
temps réel et comportemental."
François Pacot, fondateur de Royal Cactus

Mesure massive de performance industrielle

Les métriques concernent non seulement les produits finals mais aussi les produits intermédiaires (B2B).

Google Analytics mesure l'efficacité d'un site web grâce au nombre pages vues et au temps passé par les visiteurs. TweetLevel mesure le nombre de vues d'un «tweet». Wynd mesure l'ergonomie des tablettes des serveurs dans les restaurants. Passur recalcule l'heure exacte d'arrivée des avions à partir des données de la météo[19]. Innography extrait des cartographies d'aide à la décision à partir des bases de données de brevets.

Les indicateurs clés de performance (key performance indicators ou KPI) rendent compte depuis les années 1970 de performances non financières comme la qualité, le temps, la flexibilité ou la satisfaction du client. La masse des nouvelles métriques provoque une rupture dans leur pratique[20].

Safetyline anticipe les problèmes de sécurité des vols aériens en comparant les données de vol avec les moyennes enregistrées[21]. Lokad optimise quotidiennement les niveaux de stock des distributeurs en analysant les tickets de caisse[22].
"Le luxe de demain doit privilégier autant l'accessibilité que le standing. Nous mesurons les temps 
de réponse et taux d'appels manqués de tous nos supports de relation avec les clients (web, 
téléphone, messagerie) pour améliorer continuellement la disponibilité et la réactivité du service".
Pauline Laigneau, fondatrice de la marque de joaillerie Gemmyo

Les indicateurs mesurent aussi des désutilités, c'est-à-dire des effets nocifs, pour allouer les ressources et y remédier.

Brand Watchdog identifie la contrefaçon de produits de luxe sur internet[23].PredPol prédit où et quand des délits ont le plus de probabilités de se produire[24].

Les métriques peuvent être lisibles « au travers » des intermédiaires.

Les blogs intègrent souvent des boutons sociaux comme les "like" de Facebook ou les "tweets" de Twitter, un plan "où sommes-nous" de Google Map, une proposition d'achat de livre sur Amazon, un fil d'actualité de USA Today. Il s'agit à chaque fois d'"API" ou d'"ESB", c'est-à-dire des inclusions ouvrant une fenêtre vers un autre site web.
"Compte tenu des volumes à traiter, les distributeurs risquent de dévaloriser la présentation
en ligne des produits. Notre plateforme construit un ESB qui permet aux fiches produit du
fabricant d'apparaître dans le site web du distributeur. Le premier maîtrise mieux son image,
le deuxième fait des économies, les deux augmentent leurs ventes."
Bertrand Galley, co-fondateur de Product-Live

Ces API donnent une telle visibilité sur les utilisateurs finals que leur valorisation se fait en fonction de leur usage.

Youtube est rémunéré par la publicité, Amazon par son système d'affiliation[25], Facebook Connect par la capture d'informations sur l'utilisateur[26]. Expedia réalise l'intégralité de son chiffre d'affaires de 4 milliards de dollars grâce à ses API [27], Twitter les trois quarts[28]. Le disque dur géant et partagé Dropbox se valorise en milliards de dollars[29].

Cette mesure de l'usage réel se miniaturise et se contractualise avec la Blockchain.

Ascribe tatoue les contenus et trace la « généalogie » complète des réutilisations de leurs oeuvres, garantissant une attribution précise à chacun des co-créateurs successifs ainsi que l'utilisation exacte de ces oeuvres[30]. Le téléchargement d'un morceau de musique référencé par UjoMusic est vendu 0,6 $, qui se répartissent automatiquement entre les artistes.

Mesure de performance des collaborateurs

Ces métriques s'appliquent aussi aux collaborateurs de l'entreprise.

Klout, Kred et PeerIndex calculent l'influence des rédacteurs d'articles en ligne. Evolv a observé que les employés entretenant des relations avec au moins trois collègues restent plus longtemps dans leur entreprise[31]. Des capteurs biométriques posés sur les joueurs de l'équipe nationale d'Allemagne permettent de collecter le rythme cardiaque, les accélérations et les distances parcourues[32].

Ceci transforme les pratiques managériales qui, à leur tour, alimentent le besoin de métrologie.

General Electric, qui fait référence en matière de management, remplace l’évaluation annuelle des salariés par un système de notation permanente via une application mobile. Les salariés commentent les performances de leur manager et de leurs pairs autant que l'inverse[33]. Criteo ne dit pas à ses collaborateurs comment faire les choses mais pourquoi. Une fois que l'objectif et la mesure de succès sont fixés, les managers jouent surtout un rôle de coach[34].
"Les tableaux de bord numériques apportent de la rationalité et permettent un management 
agile. Dès lors que tous les chiffres de l'entreprise sont partagés avec les collaborateurs, on 
dispose d'une base de discussion cartésienne pour définir des critères de succès".
Mehdi Houas, co-fondateur du groupe Talan

La part variable de la rémunération peut ne dépendre d'aucun jugement d'un supérieur hiérarchique, mais de mesures objectivables.

Forbes rémunère ses journalistes en fonction de la fidélité de leurs lecteurs. Nussbaum Transportation récompense les chauffeurs de camions en calculant leurs économies de fuel[35]. Uber rémunère les chauffeurs en fonction de l'affluence[36]. Quirky rétribue des milliers de co-créateurs en analysant les traces de leurs contributions[37].Colony distribue des crypto-actions en proportion des contributions[38]. Slock.it organise des projets collectifs et le partage des revenus[39].

De la métrique à la richesse

Le mécanisme de destruction créatrice

Comme pour les précédentes révolutions industrielles, le mécanisme de destruction créatrice de la transition numérique se fait en trois phases.

La première phase est celle d'une augmentation de la productivité, avec l'automatisation, la robotisation et le "low cost" comme Easy Jet ou Free Mobile.

La seconde phase est celle d'une augmentation de la taille des marchés par la baisse des coûts de transaction. C'est ainsi qu’ont émergé l'économie du partage avec Youtube ou AirBnB, et l’ubérisation avec Amazon face aux libraires ou les VTC face aux taxis.

La troisième phase est celle d'une augmentation des ressources, qui sont autant de créations de richesses. La création de valeur contributive que préfigure Wikipedia pour les savoirs s'étend à l'innovation et aux décisions collectives. La création de valeur coopérative que symbolisent les maquettes 3D partagées pour la conception des Airbus s'étend à la production et à la maintenance. La création de valeur relationnelle que révèlent les étoiles d’Uber pour noter chauffeurs et passagers s'étend au leadership et aux services à la personne.

Grâce à ce mécanisme en trois phases, l'économie organisée du XXème siècle se métamorphose en l’économie augmentée du XXIème siècle. La révolution industrielle a favorisé le travail d'exécution, dont l'usine et le taylorisme sont les emblèmes. Des postes prédéfinis sont à pourvoir par des employés, raison pour laquelle nous avons fini par établir un lien direct entre industrie et emploi. A l'inverse la révolution numérique favorise le travail d'initiative, qui nécessite des compétences de créativité, autonomie, agilité, discernement, convivialité, qualités relationnelles et contributives. Ces ressources humaines, au plein sens du terme, enrichissent la production automatisée. La part des services dans les produits, devenant prépondérante sans retour à l’artisanat, transforme le modèle de l’ « industrie et services induits » en modèle de l’ « industrie servicielle ».

Ces trois phases ne sont pas directement lisibles, car elles se superposent aux vagues successives de la numérisation. Aux vagues de la convergence et de la connexion succède celle des contenus, dominée par Google. Elle sera elle-même dépassée par celle de la coopération, dont l'emblème est Uber, puis de la collaboration en cours d'émergence et enfin de la considération, aboutissement de la transition iconomique[40]. Cependant la métrologie intensifie à chaque fois davantage la phase créatrice de ces vagues.

Mesurer révèle de nouvelles richesses

Nouvelles ressources

Dès l'antiquité, la mesure géographique est une source de richesses. Le pointillisme du cabotage permet de repérer les ports naturels. Le tracé des côtes révèle les territoires, et leur exploration révèle les ressources de leurs sol. La géographie devient stratégique dès l'empire romain mais atteint son apogée avec les cartes marines, monopoles des souverains lors des grandes explorations de la Renaissance[41]. Le monde se redécouvre ensuite de manière plus scientifique, mais toujours stimulée par les opportunités économiques. Les mesures mécaniques des matériaux engendrent les alliages artificiels et l'industrie de la métallurgie fine. L'observation des propriétés chimiques génère l'industrie des engrais et des cosmétiques. L'observation microscopique conduit à l'industrie pharmaceutique et biologique.

Les métriques ont été celles de la terre et de la matière, elles sont de plus en plus immatérielles.

Retrouver la définition originelle de la richesse

Les nouveaux champs d'observation révèlent inévitablement de nouvelles ressources, naturelles ou non, que l'activité des entrepreneurs transformera tout aussi inévitablement en richesses.

Ce mot "richesse" mérite qu'on le précise. Selon les anciens, la richesse était « tout ce que l’homme désire comme pouvant lui être utile et agréable ». Or dans ses Principes d’économie politique publiés en 1820, Malthus considérait qu'on ne peut « aborder aucune discussion sur l’accroissement relatif de la richesse chez les différentes nations si nous n’avons un moyen quelconque, quelque imparfait qu’il soit, d’évaluer la somme de cet accroissement ». Pour des questions purement pratiques, la richesse s'est limitée depuis pour les économistes à ce que mesure la monnaie, c'est-à-dire une petite part de la richesse telle que la concevait les anciens.

Or on a récemment pris conscience que l'enrichissement en monnaie provoque fréquemment un appauvrissement créatif, collectif, social ou environnemental supérieur. Le démantèlement de la recherche de Bull, la dilapidation de la confiance des clients de France Telecom, la perte de compétences d' Alcatel en témoignent. "Créer de la valeur pour l'actionnaire" ressemble souvent à ces cueillettes mécanisées brutales qui, au prétexte de réduire les coûts, détruisent les arbres fruitiers et compromettent l'avenir.

La finance moderne, fondée sur les outils inventés à la Renaissance, s'est institutionnalisée au XIX° siècle grâce à l'accroissement des dépôts bancaires, du crédit, des billets de banque, des effets de commerce et de l'escompte, c'est-à-dire des représentations de la valeur d'échange. Les nouvelles métriques révèlent la valeur utile, ce qui permet d'élargir considérablement le périmètre de la finance.

Malthus a tracé pour 200 ans la ligne de flottaison qui sépare « les objets matériels des objets immatériels »[42]. Aujourd'hui, cette ligne doit être déplacée entre « le bien-être matériel et le bien-être mental non matériel ». La partie immergée de la richesse se révèle en tant que quantité subjective d'effets utiles réalisés ou potentiels. Notons que nous évoquons ici la richesse dans son seul sens économique, non en tant que valeur essentielle (richesse esthétique d'un chef d'oeuvre ou d'un paysage, richesse humaine, culturelle ou spirituelle).

La métrologie numérique

Toute action économique devient mesurable.

Ce postulat repose sur deux constats : d'une part toute action numérique, commentaire, like, clic est mesurée grâce aux data sciences. D'autre part, toute action économique est progressivement représentée dans un système informatique.

Ce postulat a des conséquences importantes :

  • l'opposition capital-travail a structuré la pensée économique pendant deux siècles. Une troisième composante, celle de l'utilité, change la nature de l'économie ;
  • la plus grande partie de l'économie, la valeur utile non marchande cachée sous le tapis du capital immatériel, du goodwill et des externalités, devient visible ;
  • la définition élargie de la richesse élargit également celle de l'entrepreneur. Il est non seulement un exploitant qui crée des richesses marchandes, mais aussi un explorateur qui transforme les nouvelles ressources en richesses non marchandes[43].

Nouvelles richesses

Nous définissons les catégories de richesses en fonction des grappes de métriques identifiées qui, contrairement aux classes du capital immatériel et au "goodwill", dépassent le cadre de l'entreprise.

Richesse de la créativité

La créativité est une capacité à innover et à produire des idées : intuitions, concepts, inventions, brevets d'invention, design, marques, recherche, essais, modèle d'affaires, etc.

La force économique de l'innovation a été identifiée depuis longtemps. En revanche la fulgurance des Amazon face aux libraires, Netflix face aux videoclubs, iTunes et Deezer face aux disquaires ou Skype face aux opérateurs de telecoms sont autant d'exemples[44] de la viralité des nouveaux usages. C'est pourquoi la guerre de domination pour le marché des smartphones s'est jouée entre Apple et Samsung sur les brevets d'usage, par exemple celui du "zoom en écartant deux doigts". Le rachat par Google, en milliards de dollars, des portefeuilles de brevets de Motorola ou de Nestlabs illustre la volonté de capter cette richesse de plus en plus tôt.

Richesse de la contribution

La valeur contributive résulte de l’autoagrégation et de l’organisation à des fins productives d’agents libres, qui peuvent s’aligner "sans permission" et dont la motivation "passionnelle" dépasse en productivité les motivations d’origine coercitives ou par appât du gain[45].

Les exemples de Wikipedia ou des logiciels open source[46] font référence, mais on peut aussi citer ceux de la planche à voile, de la micro-informatique ou d'internet. Mal protégée, cette richesse est particulièrement exposée à la prédation.

La micro-informatique, par exemple, s'est développée dans des clubs de passionnés comme le Homebrew Computer Club à Menlo Park. Mais, lorsque certains de leurs membres ont fondé leur entreprise, comme Steve Wozniak et Steve Jobs, le club a périclité à cause des risques de concurrence[47][48]. Le Huffington Post, journal en ligne qui accueille les opinions de milliers de contributeurs bénévoles, a été vendu 315 millions de dollars en 2011 à AOL. Lors de cette transaction, les contributeurs ont réclamé leur part mais en vain[49].

Les licences à réciprocité veulent rompre la spirale infernale de ce travail gratuit[50] et introduire un mécanisme de reconnaissance de la richesse de la contribution sans en gêner la dynamique.

“Nous réorganisons l’entreprise en nous appuyant sur des modèles de “DAO”[51] et la technologie de la blockchain. L’objectif est de décentraliser la gouvernance, de substituer à une hiérarchie, dominée par les actionnaires, une communauté ouverte où les contributeurs détiennent un pouvoir de décision et reçoivent une juste rétribution en proportion de la valeur qu’ils créent.” Philippe Honigman, fondateur de Ftopia et initiateur de Freeftopia

Richesse de la coopération

La qualité d'un service dépend de plus en plus de la bonne coopération entre fournisseur et client, plutôt que de la bonne conception / exécution d'un cahier des charges[52].

Les maquettes en 3D partagées entre Airbus et sa constellation de fournisseurs en sont un exemple. Un service de location de voiture de qualité nécessite un bon entretien de la part du fournisseur, et un bon comportement de conduite et de propreté de la part du client. Il en est de même pour la location d'appartement, de matériel, les prestations freelance ou les clubs sportifs.

"Nous offrons aux golfs des videos de présentation de leurs installations, réalisées par drones. 
En échange, ils renseignent une fiche technique et les numéros de téléphone des profs. Les golfeurs 
visionnent ces videos et donnent des notes, ce qui révèle leur intérêt. Au final, golfeurs et golfs
disposent d'informations croisées qui améliorent la qualité globale du service."
Guilhem Miranda, fondateur de Flyovergreen

De nouvelles pratiques stimulent la co-production, la co-innovation ou la coopération entre entreprises. Elles s'opposent à l'hyper-compétition qu'organisaient Mechanical Turk ou les premières versions de TaskRabbit qui fonctionnaient comme des comparateurs de prix entre fournisseurs[53].

Richesse relationnelle

La richesse relationnelle correspond à la capacité de séduction et d'interactions de l'entreprise avec son milieu[54]. Elle augmente grâce aux compétences relationnelles de ses collaborateurs et à ses pratiques partenariales.

Le marché des taxis était dénoncé comme sclérosé depuis 50 ans. Aucune proposition, dont celle du rapport Attali de 2008[55], n'a jamais abouti malgré le soutien de l'Elysée. Avec Uber et les VTC, il a suffit de quelques mois pour que les seules métriques de la qualité relationnelle bousculent sérieusement le secteur[56][57].

"Plus l'outil numérique est performant, plus les compétences relationnelles sont importantes. Un 
salarié en déplacement trouve presque normal de trouver en quelques clics une salle de réunion et
les prestations associées. Dès lors, il attache davantage de valeur à la qualité de l'accueil, de 
l'écoute, de la compréhension fine de ses attentes et leur transposition dans les faits."
Arnaud Katz, co-fondateur de Bird Office

Richesse collective

La richesse collective est le résultat de la dynamique d'un groupe. Elle est souvent entretenue par un ou plusieurs animateurs qui, par leur énergie ou leur charisme, incarnent un projet ou une vision à laquelle adhèrent les autres membres du groupe y compris sans y contribuer.

Quand on rencontre, dans un magasin, des vendeurs aimables et compétents ou, dans un hôpital, une équipe d'infirmières efficaces, attentives et patientes, on sait que leurs patrons sont des animateurs, dont le panthéon réunit les Henry Ford, Louis Renault, Steve Jobs ou Marcel Dassault[58].

Cette richesse collective est mesurée et amplifiée par de nouvelles pratiques managériales comme celles de General Electric ou Criteo (voir plus haut), ou encore des entreprises libérées comme Favi, Poult ou Chronoflex.

Richesse sociale

La richesse sociale correspond à la qualité d'un réseau de relations plus ou moins institutionnalisées d’interconnaissance ou d’interreconnaissance, de liaisons permanentes et utiles[59].

Elle comprend l'affectio societatis, pierre fondatrice de toute entreprise et le "don contre-don" décrit par Marcel Mauss comme étant le premier acte social. Elle se manifeste par le sentiment d'appartenance ou d'être utile à une communauté, entreprise ou nation, par l'éthique, la confiance, l'autonomie ou la solidarité professionnelles[60]. .

Cette richesse est illustrée par les débuts de BlablaCar. Son état d’esprit, alliant à la fois un volet économique (réduction du coût du voyage), un volet écologique (ne pas prendre de multiples voitures pour un seul et même voyage) et un volet communautaire (échange et liens entre les personnes) était révélateur de l'intention des co-voitureurs à "faire société" contre la société de consommation[61].

La valorisation économique de BlaBlaCar à 1,6 milliards d'euros donne un ordre de grandeur de cette richesse sociale.

"Rien de tel que le bon vieux baby-foot pour créer du lien entre les employés. Surtout s'il est bardé
de capteurs et connecté à un réseau social pour que les matchs soient suivies et commentées 
en ligne, et que les équipes et les tournois soient organisés pour entretenir les échanges avant et 
après les parties. La même dynamique peut s'appliquer entre partenaires ou avec les clients."
Jérôme Boyé, fondateur de Tecbak

Richesse environnementale

La richesse environnementale est la valeur du patrimoine naturel. Elle dépend de la façon dont la nature est aménagée, de la sobriété de la consommation et de la maîtrise des déchets.

La multiplication des capteurs et des systèmes d’assistance à la conduite, la coordination entre les véhicules et la voirie, le développement de la multi-modalité pourraient permettre de réduire jusqu’à 100 % des embouteillages, soit une économie de 5,5 milliards d'euros. Les smartgrids permettraient d'économiser 1,2 milliards[62].

"Pourquoi utiliser un camion pour transporter 3 voitures, alors que chacune d'elles pourrait rouler
en emportant 4 passagers ? Notre plateforme propose aux particuliers une voiture à 1 euro et ils
sont assurés pour le covoiturage. Nous partageons avec les propriétaires l'économie du coût de
transport, et cette organisation permet de réduire jusqu'à 80% des émissions de carbone".
Idris Hassim, co-fondateur de LuckyLoc

Les circuits courts de distribution, la finesse de la segmentation des produits et leur personnalisation produisent aussi de la richesse environnementale grâce à l'ajustement de la consommation de ressources.

"Nous envoyons un kit aux agriculteurs grâce auquel ils extraient des échantillons de leurs sols,
qui sont ensuite analysés par des laboratoires partenaires. Sur la base de ces analyses et du 
projet agricole, notre plateforme préconise un plan de conservation et d'enrichissement du 
capital-sol adapté, parcelle par parcelle. Nous nous rémunérons en partageant les bénéfices."
Clément Le Fournis, co-Fondateur d'Agriconomie

Richesse et emploi

Dans le cycle de Schumpeter, richesse et emploi sont concomitants.

La première phase du cycle, destructrice, fait craindre l'avenir. En 1812, Lord Byron déclarait que les machines représentaient un danger pour l'humanité parce qu'elles allaient détruire les emplois[63]. Le 24 février 1961, le Time Magazine titrait "L'automatisation sans emploi", relayé en 1964 par le Président Lyndon Johnson. On retrouve les mêmes réflexes aujourd'hui face au "low cost" et à la robotisation.

La seconde phase du cycle, qui correspond à l'ubérisation, crée moins d'emplois qu'elle n'en transforme, souvent en fédérant des indépendants.

Les plateformes de freelances et "slashers" UpWork, Crowdwork et CrowdFlower annoncent respectivement 10, 8 et 5 millions de membres, tandis que 200.000 VTC Uber et Lyft sillonnent les villes américaines[64].

La troisième phase du cycle est plus fortement créatrice d’emplois, comme le préfigure la première vague de l'informatisation de la banque-assurance des années 90.

L’emploi de ce secteur était lourdement menacé par l’informatisation : le rapport Nora-Minc de 1978 anticipait 30 % de réduction d’effectifs à cause de l’automatisation massive du traitement des chèques, des distributeurs de billets, des relevés de compte, des virements, des prélèvements mensuels, de la comptabilité, etc. Mais dans le même temps, les innovations d’usage apportées par l’informatique comme la carte à puce ou la gestion personnalisée de portefeuilles de titres, ont plus que compensé ces réductions. Au final, les effectifs du secteur ont augmenté de 25 %[65].

De même aujourd’hui, le premier créateur net d’emplois en France est de fait le groupe O2, dont l’innovation d'usage permet aux femmes de ménage et aux nounous de disposer de toute leur organisation dans leur smartphone. L'analyse des 50 premiers créateurs nets d'emplois en France démontre la nécessité, pour cerner les « acteurs économiques », d'étendre la notion d'entreprise de la société au groupe[66][67], l’importance de l’innovation d’usage et des plateformes numériques BtoC dans le modèle d’affaire, de l'enrichissement des compétences et des stratégies collaboratives[68].

A l'inverse, les indicateurs traditionnels des «secteurs porteurs» ou de l'«intensité en R&D» sont devenus obsolètes.

Projets pour l'action publique

La route de l'économie de l'utilité, "chose publique"

A la lumière de l'économie de l'utilité, comment s'éclaire le rôle de chacun ? Celui des entrepreneurs est double. En tant qu'explorateurs, il est d’inventer les usages de ces nouvelles ressources[69] pour créer des richesses non marchandes. En tant qu'exploitants, il est de les métaboliser en richesses marchandes. Celui des grandes entreprises est de se numériser au même titre qu’elles s’étaient mécanisées il y a un siècle. Celui de l’industrie est d’intégrer davantage de services dans ses produits. Celui des professionnels est d’apprendre à utiliser ces nouveaux outils. L’Etat, quant à lui, doit faciliter et soutenir cette spirale vertueuse[70]. L’expérience des révolutions industrielles montre que la volonté de contrôler ou administrer cette dynamique se solde toujours par de lourds retards de compétitivité[71].

Pour découvrir un nouveau territoire, le rôle des explorateurs est primordial. Pour espérer le conquérir, le soutien sans faille de l'Etat-stratège est nécessaire pour coordonner les cartes maritimes, établir les ports et défendre les navires, définir les filières de création et de redistribution des richesses marchandes. Pour faire du Portugal au XVIème siècle le premier empire mondial de l'histoire, le Roi Manuel 1er contrôle d'abord militairement l'accès des mers de l'Afrique australe et soutient les projets, dont celui de Vasco de Gama, qui ouvrent progressivement la route des Indes. Une expédition entraînant la suivante, la construction de cette route devient "chose publique". Le souverain du Portugal, royaume des explorateurs, est proclamé "Seigneur de la conquête, de la navigation et du commerce d'Éthiopie, d'Arabie et d'Inde".

Pour conquérir l'économie de l'utilité et construire une "Res Publica" des entrepreneurs, il faut choisir des projets d'expéditions entrepreneuriales en fonction de leur caractère stratégique, de la facilité de leur mise en oeuvre et de leur effet d'entraînement. Cette troisième partie illustre cette méthode par quatre projets public-privés : un tableau de bord de la création d'emplois, deux projets de valorisation des richesses de la contribution et de l'inventivité, et un mécanisme de redistribution de ces richesses.

Projet 1 - Construire le tableau de bord de la création d'emplois

Contexte

Malgré la crise, de nombreuses entreprises dynamiques sont créatrices d’emplois. Il ne s’agit pas de simples recruteurs, puisque toute grande entreprise ayant un turnover important est mécaniquement un gros recruteur, même lorsqu’il est destructeur net d’emplois.

Quelles sont ces entreprises ? Quels sont les critères de leur réussite ? Les Instituts de statistique ne le disent pas. Malgré les recommandations d' Eurostat, ils observent les filiales plutôt que les groupes, qui sont les véritables acteurs économiques. Leur nomenclature, encore très imprégnée des analyses économiques des années cinquante, focalise l'attention sur des critères secondaires. Construite pour décrire une économie concentrée sur l'industrie, aucune caractérisation n'explique pourquoi Iliad-Free crée 500 emplois par an tandis que son concurrent Orange en détruit 5000. Mesurant des flux monétaires et des quantités physiques, non la qualité[72], nos services statistiques ne distinguent pas un téléphone d'un smartphone, un transport en voiture d'une Blablacar, un achat en supermarché de celui à la Ruche qui dit oui.

Ils disposent pourtant de toutes les informations nécessaires et sont déliés de leur secret quand les entreprises publient elles-même cette information par ailleurs.

Objectif

Eclairer les mécanismes de la création d'emploi, grâce au prisme de l'économie de l'utilité, pour dégager la vision de l'Etat stratège.

Mise en oeuvre

Le palmarès des créateurs nets d'emplois « les500.fr » collecte massivement sur internet des données sur l'emploi publiées par les entreprises. Ce palmarès a révélé la jeune entreprise O2 comme premier créateur d'emplois en France, devant EDF et Airbus. Il révèle également la pertinence de critères de l'économie de l'utilité plutôt que traditionnels : la qualification relationnelle plutôt que la qualification technique, la richesse de la créativité plutôt que la recherche et développement, la richesse de la coopération plutôt que la diversification.

Recommandation : donner mission aux services statistiques publics de contribuer au palmarès des créateurs d'emplois

Effet d'entraînement

→ Confirmer et détailler les nouveaux critères explicatifs de la création de richesses et d'emplois

→ Fournir des tableaux de bord plus opérationnels pour la politique de l'emploi

→ Profiter de la réforme de l'impôt sur les sociétés dans l'Union Européenne[73] pour réorienter le Crédit d'Impôt Recherche vers l'innovation d'usage plutôt que vers la R&D

Projet 2 - Valoriser la richesse de la contribution

Contexte

De nombreuses activités contributives ou sociales peuvent avoir une composante économique : la participation à des projets de création et de développement d’entreprises, de fab labs, de coopératives, l’engagement associatif, la participation à des activités de recherche ou la production de biens communs[74].

Lorsque ces activités se matérialisent sur internet, leur valorisation par les grandes plateformes se traduit par une concentration de richesses au seul profit de leurs propres actionnaires[75].

Ce modèle de développement éprouve les schémas classiques de régulation : comment s'adapter à un contexte technologique et des usages qui évoluent chaque jour ? Comment ce cadre peut-il s'appliquer à des opérateurs qui ne sont pas soumis aux frontières physiques ?[76]

Pour les uns, il faudrait rémunérer chacune de nos contributions sous forme de redevance ou de micro-paiements[77]. Pour les autres, à l’inverse, rémunérer les internautes pour leurs contributions déprécierait la valeur de leur geste[78]. Entre les deux, les licences à réciprocité établissent un mécanisme de réversion de la sphère marchande vers la sphère contributive.

"Au Xème siècle, on sort de l'économie guerrière pour entrer dans la féodalité. La valeur 
vient de la terre. Au XVème siècle, on invente les procédés qui vont devenir le capitalisme. 
La valeur vient de la marchandise. Aujourd'hui on entre dans une ère du contributif et on 
cherche des solutions pour valoriser la richesse contributive créée."
Michel Bauwens, Fondateur de la Fondation P2P (Peer to Peer Foundation)

Objectif

  • Revendiquer la richesse des contributions créée par les internautes
  • Obliger Google et les autres plateformes à se positionner

Mise en oeuvre

La licence à réciprocité #FairlyShare est à double détente. Elle transcrit dans un contrat moral l'intention suivante d'un contributeur : « je contribue à des biens communs, mais si une organisation en retire un bénéfice, je souhaite en recevoir une part équitable ». Cette équité est renvoyée à l'état de l'art des bonnes pratiques et engage l'image des plate-formes.

Elle fait l'objet d'une campagne de communication. Plusieurs articles invitent les internautes à tatouer leurs productions contributives (Wikipedia, Facebook, Twitter, blog,...) avec le tag #FairlyShare. Le site web « how much does Google owe you ? » expérimente le calcul de la richesse produite par tout contributeur à Wikipedia au profit de Google pour démontrer la matérialité de cette richesse.

Recommandation : soutenir cette campagne et expérimenter la licence #FairlyShare[79]

Effet d'entraînement

→ Faire adopter la licence #FairlyShare par les services publics en ligne, par exemple ceux du tourisme ou les pages multilingues du parlement européen, dont les contenus ou données sont au moins partiellement monétisés par les grandes plateformes

→ Développer un dispositif d'identification unique des auteurs afin de conserver leur reconnaissance via la traçabilité de leurs créations et contributions

→ Noter la loyauté des plateformes à respecter cette licence, accroître leur transparence envers les contributeurs[80], adopter des CGU lisibles, des classements et référencements loyaux[81] Clarifier les lignes rouges et disposer d'un levier sur l'image des plateformes[82], plutôt que d'exercer un contrôle administratif maladroit

→ Etendre cette licence pour renforcer, sans loi additionnelle, le droit à la portabilité et à la protection des données, le droit d'accès au marché secondaire de la donnée[83], à la loyauté et à la mort numérique[84]

→ Etendre le principe de notation des plateformes à l'Etat-plateforme

→ Enrichir les services publics, plutôt que d'effectuer leur simple “mise en ligne”. Les concevoir à partir des besoins des usagers et définir les métriques de la qualité[85].

→ Valoriser la richesse coopérative, relationnelle et sociale des services publics[86], la qualité de service des fonctionnaires, l'ouverture des données publiques et la qualité des métadonnées de l'open data

Projet 3 - Valoriser les richesses de l'inventivité

Contexte

La France est culturellement inventive, mais n'en recueille pas les fruits. Pourtant les enjeux sont considérables. Jean Tirole, Prix Nobel d’Economie, souligne que « la valeur ajoutée se situe de plus en plus dans l’innovation. La richesse des nations dépend donc de plus en plus de leur capacité à capter la création de valeur à ce niveau dans la chaîne de valeur. Pour innover, il faut des inventeurs et du financement. L’innovation vient de plus en plus de petites structures entrepreneuriales de type startup ». Malheureusement les inventions majeures de ses ingénieurs et chercheurs sont reprises et valorisées ailleurs sans véritables retombées économiques positives pour le territoire français[87]. Louis Pouzin est décoré du Queen Elizabeth Prize for Engineering pour sa contribution décisive à la création d'Internet, tandis que Barack Obama déclare que les Etats-Unis « possèdent » Internet. « Pourquoi sommes-nous si bons dans la recherche et si faibles dans sa valorisation ? » se lamentent dans leur rapport Alain Juppé et Michel Rocard.

La réponse est simple : la propriété intellectuelle a mauvaise presse, qu'alimentent l'idéologie Google et celle des communaux collaboratifs de l'essayiste américain Jérémy Rifkin. Il faut pourtant bien que l'innovateur bénéficie d'un monopole temporaire, assez durable pour rentabiliser l'effort nécessaire pour innover, même s'il est assez court pour encourager à innover de nouveau. Dans l' iconomie[88], l'efficacité réside non dans la concurrence pure, mais dans une dynamique de concurrence monopolistique comportant un dosage adéquat de monopole et de concurrence.

Objectif

Développer et valoriser la propriété intellectuelle des startups pour augmenter les richesses de leur créativité.

Mise en oeuvre

La notion de "patent angel" a été initiée par un rapport de l'OCDE de 2011, qui observait déjà que le brevet représentait le seul actif véritable des startups, mais que les seuls apports financiers étaient insuffisants pour obtenir une protection valable. Le projet «Patent-angels.com» est un réseau de professionnels qui s'engagent à apporter de l'expertise et des financements aux entrepreneurs inventeurs.

Recommandation : Donner mission à BPI France et à France Brevets d'apporter des garanties financières, aux startups et aux patent angels, adossées aux brevets.

Effet d'entraînement

→ Renforcer les incitations des chercheurs et des entrepreneurs à déposer des brevets, et du capital-risque à investir davantage et plus tôt

Projet 4 - Redistribuer les richesses captées par les grandes plateformes

Contexte

La captation de richesses par les plateformes nécessite de repenser le mécanisme de redistribution[89][90]. Ce modèle est à rapprocher de celui des plates-formes de trading à haute fréquence, qui prélèvent leur dîme sans contrepartie. Mais l’échec de la taxe Tobin sur les plates-formes de trading nous a déjà montré que ce ne sera pas par l’impôt.

Pour mémoire, la taxe Tobin sur les transactions financières est faible, donc indolore pour les capitaux patients. Elle devient en revanche dissuasive pour les allers-retours fréquents. La France a essayé à deux reprises de la défendre devant le G20, et aucune tentative au niveau européen n'a jusqu'à présent aboutit à un accord[91]. La taxe Tobin présente en effet un grave défaut : elle doit être immédiatement mondiale pour être efficace. Une adoption unilatérale se traduit par une fuite de capitaux[92]. Sans accord du G20, elle semble condamnée à un taux effectif dérisoire voire à l’abandon.

Objectif

Disposer d'un outil fiscal opérationnel pour les grandes plateformes internationales

Mise en oeuvre

Il vaut mieux s’inspirer des industries créatives[93] comme celles des jeux vidéo dont la production est monétisée par la propriété intellectuelle. Sony n’a pas besoin de l’accord du G20 pour collecter des redevances sur chaque jeu compatible avec sa console, quel qu'en soit l’éditeur ou le fabricant dans le monde. Or les traders ont aussi leur PlayStation, ces plateformes à trois ou six écrans caractéristiques des salles de marché. Pourquoi le G20, l’Europe ou même la France ne prélèveraient-ils pas eux-mêmes une redevance sur chaque station de trading, sur chaque transaction boursière, partout dans le monde ?[94]

"Les grands acteurs agrègent leurs droits internationalement et gèrent des licences qui dépassent les 
frontières. Cette tendance concerne aussi les groupes de standardisation sur les normes techniques où 
apparaît la notion de licence d’usage (à la connexion sur une plateforme utilisant des brevets) plutôt
qu’à l’unité modulaire (un circuit intégré, un module d’antenne, etc.)"
Pierre Ollivier, fondateur de Winnotek

Ce mécanisme doit s’adosser à de larges fonds souverains de propriété intellectuelle, sur le modèle déjà expérimenté de France Brevets, pour collecter des montants substantiels de redevances au lieu d’impôts. Ainsi, par alliance ou rachat, la France pourrait contrôler ces brevets, et établir instantanément une redevance, plutôt qu'une taxe, sur chaque transaction effectuée par toute plateforme de trading dans le monde[95], et étendre le même principe à toute autre plateforme internationale. Grâce au support légal des brevets, aucune autorisation préalable du G20 n’est juridiquement requise.

Recommandation : donner mission à France Brevets de constituer un portefeuille de propriétés intellectuelles relatives aux technologies des plateformes

Effet d'entraînement

→ Construire le cadre international d'une fiscalité de l'économie numérique[96] fondée sur les redevances

→ Porter la capacité d'investissement des fonds souverains de propriété intellectuelle de 200 millions à 10 milliards d'euros

→ Elargir la mission des fonds souverains de propriétés intellectuelles à la valorisation des contributions sous licence #FairlyShare

→ Explorer la faisabilité des licences à réciprocité en faveur de l'emploi sur le territoire

Conclusion

L'arrivée en masse de métriques de l'utilité révèle la partie immergée de l'iceberg économique et valorise les richesses non marchandes : créative, contributive, coopérative, relationnelle, collective, sociale et environnementale.

Les valeurs du travail et du capital ont structuré la politique pendant deux siècles selon un axe gauche-droite. Celles de l'utilité consacrent le rôle grandissant de l'utilisateur face au duo travailleur-capitaliste et triangularisent les rapports de valeurs. La relation travail/capital est codifiée depuis longtemps, la relation capital/utilité se décèle par le "goodwill" et la "consommation responsable", la relation travail/utilité se devine à travers le "travail gratuit" et le besoin de "sens social et environnemental" du travail.

Pour la conquête de l'économie de l'utilité, le rôle des entrepreneurs est primordial, mais le soutien de l'Etat-stratège est nécessaire. Les richesses créatives et contributives doivent plus particulièrement être admises en tant que "Res Publica" (chose publique). L'alliance entrepreneurs-Etat doit se concrétiser par des projets public-privés, choisis pour leur caractère stratégique et leur effet d'entraînement. Quatre initiatives illustrent cette méthode :

  • le palmarès des créateurs nets d'emplois permettra de comprendre les véritables mécanismes de la création d'emplois et de construire un tableau de bord opérationnel pour la politique économique
  • la licence à double détente #FairlyShare valorisera la richesse des contributions des internautes et les sites publics
  • le réseau Patent Angels France valorisera la richesse de l'inventivité des startups et des chercheurs
  • la redevance sur les plateformes internationales permettra de redéfinir le cadre fiscal de l'économie numérique

La France renoue avec la tradition de l'entrepreneuriat de la fin du 19ème siècle, en ajoutant les dimensions contributive, sociale et environnementale. Cette évolution remet en cause la course à la performance financière qui a cours depuis les années 1980[97], et correspond davantage aux valeurs de la France et de l'Europe[98]. Pour explorer et conquérir ce nouveau continent, l'alliance entre Etat-stratège et entrepreneurs doit maintenant fonder la République des Entrepreneurs.

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