Lois de l'Iconomie

De iconomie
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La situation actuelle est celle d'une crise de transition provoquée par l'inadéquation du comportement des agents (consommateurs, entreprises, État) en regard des possibilités et des risques qu'apporte l'informatisation.

L'iconomie est le modèle d'une économie et d'une société informatisées qui seraient parvenues, par hypothèse, à la maturité - donc au moins à l'efficacité économique, qui concerne le bien-être matériel de la population.

L'iconomie n'est pas une prévision mais un repère posé à l'horizon du futur pour orienter le comportement et les décisions des agents.

Technique

Système technique

Les techniques fondamentales du système productif avaient été jusqu'alors celles de la mécanique, de la chimie et de l'énergie. À partir de 1975 elles sont détrônées par la synergie de la micro-électronique, du logiciel et des réseaux de télécommunication[1].

Ce changement n'est cependant pas plus absolu que ne l'avait été, aux alentours de 1775, le passage d'une économie agricole à l'économie mécanisée que l'on a qualifiée d'industrielle : l'industrialisation n'a pas supprimé l'agriculture, elle l'a industrialisée. De même l'informatisation ne supprime pas l'industrie mécanisée : elle l'informatise.

Socle de l'économie

L'économie a pour socle un rapport avec la nature médiatisé par la technique[1].

Lorsque le système technique change, ce rapport est transformé – et donc la nature elle-même change, telle du moins qu'elle est perçue par les acteurs de l'économie puis par la société. Le socle de l'action économique est alors modifié comme si l'on avait découvert une source d'énergie nouvelle et peu coûteuse.

L'économie mécanisée qui s'est déployée à partir en gros de 1775 était fondée sur l'alliage de la main d’œuvre et de la machine : l'émergence de cet alliage a eu d'immenses conséquences économiques, sociologiques, culturelles et géopolitiques. L'économie informatisée qui se déploie depuis en gros 1975 est fondée, elle, sur l'alliage du cerveau humain et d'un automate programmable et ubiquitaire : un « cerveau d’œuvre » a succédé à la « main d’œuvre » en tant que ressource fondamentale du système productif[1].

Production

Système productif

Les tâches répétitives physiques et mentales que demande l'action productive sont automatisées. Le coût marginal est donc négligeable, le rendement d'échelle est croissant.

Chaque produit est un assemblage de biens et de services, élaboré par un réseau de partenaires.

Le coût de production se réduit au coût fixe (sunk cost) de l'investissement initial : l'iconomie est l'économie du risque maximum[2].

Capital

L'iconomie se caractérise par des structures de coûts fixes élevés, ce qui conduit naturellement à un régime de concurrence monopolistique[3].

Les entreprises doivent différencier leurs produits pour pouvoir occuper des monopoles de niche. Les investissements en matière de recherche et développement, absolument essentiels dans ce modèle, sont à la fois extrêmement lourds et incertains quant à leurs résultats. Cette économie est une économie du risque maximum, marquée par une concurrence féroce.
L'industrie qui sous-tend l'iconomie est à la fois une industrie lourde et une industrie légère[4]

Innovation

Innover, ce n’est plus seulement lancer un produit technologiquement plus développé, mais également créer un nouveau service, découvrir un nouveau concept commercial, créer une image de marque, trouver une nouvelle forme d’organisation du travail, concevoir une nouvelle chaîne de travail ou trouver un design révolutionnaire ou encore appliquer de façon originale des solutions traditionnelles au monde du net[5].

De nombreuses innovations n’intègrent aucune dimension technologique (50,98 % selon l’OCDE) et relèvent de l’usage ou des modèles d’affaires[6].

Produits

Les produits tendent à devenir des assemblages de biens et de services[3].

Dans le rapport qualité/prix, la qualité devient subjective[7]

La qualité reflète l'utilité du service que le produit rend à un utilisateur individuel, et n'est donc plus une caractéristique objective que tous ressentiraient plus ou moins de la même façon.

Organisation

La production s’organise désormais selon des réseaux de partenariats[3].

On a vu que l’économie de l’immatériel était fondée sur des coûts fixes importants, qu’il s’agisse de dépenses de R&D ou de publicité, et que la possibilité d’ensuite rentabiliser ces coûts fixes est loin d’être évidente. D’où l’intérêt de partager la charge que représentent ces dépenses immatérielles en impliquant plusieurs partenaires par la mise en commun de moyens, quitte à partager ensuite les revenus de l’innovation qui découleront de cette collaboration[8].

Management

Le passage du fonctionnement en silos au fonctionnement en processus, de l'addition de tâches à la multiplication d'intelligences interactives, de la pyramide au réseau, de l'information pauvre uniquement "top down" à l'information foisonnante arrivant de partout, bref, de l'ère de la manu-facture - ou de la bureaucratie - à celle de la cerveau-facture, où chacun, invité à apporter sa compétence à l'effort collectif, n'est donc plus subordonné mais partenaire[9].

Marché

Le marché des produits obéit au régime de la concurrence monopolistique : les produits sont diversifiés en variétés adaptées chacune à un segment des besoins. La connaissance des besoins s'appuie sur la démarche scientifique du marketing statistique.

Chaque entreprise ambitionne un monopole temporaire sur un segment des besoins du marché mondial. Le régulateur règle la durée du monopole de sorte que le moteur de l'innovation tourne à haut régime.

Les consommateurs choisissent les produits qu'ils utilisent selon le rapport qualité subjective/prix : l'iconomie est l'économie de la qualité[2].

Opportunités et risques

L'informatisation transforme la nature à laquelle sont confrontées les intentions des personnes et des institutions.

Cette transformation a des effets dans tous les domaines de l'anthropologie : technique, économie, psychologie, sociologie, méthodes de la pensée, culture, valeurs.

La ressource informatique offre des moyens puissants aux producteurs mais aussi à des prédateurs. Ces derniers, rivalisant avec les États, ambitionnent de conquérir le pouvoir souverain en vendant à la découpe des patrimoines mal protégés, captant des flux de richesse, blanchissant les profits du crime organisé, pratiquant la fraude fiscale, etc.

L'informatisation ouvre ainsi deux voies entre lesquelles il faut choisir : soit l'iconomie maîtrisée et régulée au service du bien commun, soit une forme ultra-moderne et violente de féodalité qui débouche sur Big Brother et sur la société totalitaire décrite hier par Georges Orwell.

Avant de pouvoir élucider les valeurs il faut toutefois avoir recherché l'efficacité : quelles que soient les valeurs qu'une société entend promouvoir, être inefficace serait en effet stupide[2].

Points clés

La révolution industrielle en cours repose sur le système d'exploitation et sur le microprocesseur, objet que seules six entreprises savent produire dans six pays [10]

La révolution industrielle en cours procure aux pays qui y participent un surcroît considérable de prospérité et de croissance[11]

L'Europe sera-t-elle l'Empire Ottoman du XXIe siècle, et le Louvre son Palais d'Été ?[12]

Valeur économique

Profitabilité

Les entreprises à forte intensité web croissent deux fois plus vite que les autres, exportent deux fois plus et sont plus profitables. [13]


Utilité

La transition numérique apporte massivement de nouvelles métriques de l'utilité des produits intermédiaires et finals, ce qui change la nature de l'économie. Celle-ci devient une Économie de l'utilité.


Capital immatériel

Aujourd’hui, la véritable richesse est immatérielle.

C’est désormais la capacité à innover, à créer des concepts et à produire des idées qui est devenue l’avantage compétitif essentiel. Au capital matériel a succédé, dans les critères essentiels de dynamisme économique, le capital immatériel ou, pour le dire autrement, le capital des talents, de la connaissance, du savoir. En fait, la vraie richesse d’un pays, ce sont ses hommes et ses femmes[14].

La diversité, en elle-même, a de la valeur

Le simple fait de composer un groupe diversifié le rend plus apte à résoudre un problème. [...] La seule intelligence n'est pas tout, parce que l'intelligence seule ne peut pas garantir différentes perspectives sur le problème[15].

Le « quoi » et le « combien » comptent bien moins que le « comment »

Avec exactement les mêmes atomes, on construit du charbon, du diamant, des nanotubes, qui peuvent être de bons isolants ou les meilleurs conducteurs électriques que l’on connaisse. Il en va de même de toutes les ressources, financières, techniques, humaines[16].

Désormais, les facteurs les plus déterminants ne sont plus les ressources physiques et financières, porteuses de la révolution industrielle, ni même les seules connaissances. La création de valeur, aussi bien financière qu’humaine, dépend de la capacité à mobiliser la créativité du côté de l’offre, le désir du côté de ses utilisateurs[16].

Data

Les données sont devenues une ressource, peu différente des matières premières, comme le charbon ou le minerai de fer, et dont l'importance économique dépassera celle du pétrole[17]

Le négoce de ces données en masse n’est pas seulement un secteur en plein essor et déjà très lucratif, mais la quasi-totalité des autres secteurs de l’économie, de la santé à l’agriculture en passant par les transports, en seront affectés, en bien ou en mal selon leur capacité à s’y adapter[18]

Emploi

Cerveau d'oeuvre

Les tâches répétitives étant automatisées, la main d'oeuvre est remplacée dans les entreprises par le cerveau d'oeuvre.

Le secret de l'efficacité réside dans la qualité du couple que forment le cerveau d'oeuvre et la ressource informatique : l'iconomie tire pleinement parti de la ressource naturelle qu'est le cerveau humain.

L'emploi se concentre dans les tâches non répétitives : La conception des nouveaux produits et l'ingénierie de leur production ; Les services qui contribuent à la qualité et à la compétitivité des produits. Les besoins n'ayant pas de limite en termes de diversification qualitative, l'iconomie connaît le plein emploi.

L'emploi dans les services est un emploi qualifié qui exige l'esprit de finesse (discernement, réponse à des imprévus).

Les relations entre personnes, spécialités, niveaux de responsabilité, ainsi qu'entre l'entreprise, ses clients, ses partenaires et ses fournisseurs, obéissent au commerce de la considération : l'iconomie est l'économie de la compétence[2].

Création

La diffusion du numérique dans tous les secteurs d’activité génère une demande d’emplois qualifiés nouveaux [19]

Ces emplois concernent la conception, le déploiement et la maintenance des outils, applications et services numériques, et ce dans tous les secteurs, de l’agriculture et du tourisme à la santé et aux industries de pointe.

Statuts

Le développement des emplois fragmentés, des statuts atypiques, des horaires décalés, sont pratiquement la seule arme efficace contre le chômage (au sens du BIT) dans le monde développé[20].

Politique

L'iconomie s'appuie, en France, sur l'idéal de l'élitisme pour tous que porte notre République.

La société de l'iconomie est une société de classe moyenne.

La qualité de l'informatisation des institutions et des entreprises est pour l'État une priorité.

Le système législatif et le système judiciaire savent contenir la prédation.

La compétitivité de l'économie et l'équilibre des échanges commerciaux s'appuient sur la qualité des produits, qui répond à une segmentation pertinente des besoins mondiaux.

Le système éducatif forme les compétences dont la société et l'économie ont besoin[2].

Consommation

La fonction d'utilité qui évalue le bien-être du consommateur n'a plus pour argument la quantité qu'il consomme mais la qualité des produits qui lui sont accessibles – et donc leur diversité, où chacun peut trouver la variété qui lui convient le mieux[1].

Culture

Depuis vingt ans nous vivons une révolution culturelle engendrée par l’irruption dans toutes les activités humaines de l’Internet et par conséquent de l’informatique[21]

La situation actuelle

Le repère ainsi fourni permet d'évaluer la distance entre la situation actuelle et l'iconomie, de voir comment rendre plus efficace le comportement des consommateurs, des entreprises et de l'État.

Comme cela se passe toujours après une révolution industrielle, celle qu'apporte l'informatisation est détournée par une oligarchie : la classe moyenne est comprimée, le développement d'une classe mondialisée d'hyper-riches contrastant avec celui d'une masse vouée à des emplois bas de gamme qui lui assurent juste de quoi survivre.

Cette évolution s'inscrit dans le cadre géopolitique d'un affrontement entre des empires où les multinationales (par exemple les GAFA américaines) jouent le rôle de navire amiral.

Dans l'opinion la technophobie, le mépris envers les institutions, le dénigrement des dirigeants, la nostalgie d'un passé idéalisé sont autant de manifestations d'une démission devant les possibilités et les risques qu'apporte l'informatisation.

La crise de transition déboussole la population et offre des opportunités aux prédateurs, plus vifs que les institutions. Il en résulte un chômage de masse, l'enrichissement démesuré d'une minorité, une rupture du tissu social, des comportements désespérés et violents.

Les emplois consacrés à la production des services sont qualifiés de "bas de gamme" et rémunérés en conséquence alors que la qualité des services exige un niveau de compétence élevé.

Les consommateurs sont encouragés par la distribution à rechercher le prix le plus bas et non le meilleur rapport qualité subjective/prix.

Les dirigeants des entreprises et des institutions n'ont pas pleinement conscience de ce qu'apporte l'informatisation ni des conditions de son efficacité. Il ne convient pas d'exiger qu'ils soient experts en technique, mais il faut qu'ils acquièrent l'intuition exacte qui seule permet la décision judicieuse.

Les institutions économiques (Bercy, Bruxelles, etc.) continuent à croire à l'efficacité de la concurrence parfaite et de la tarification au coût marginal alors que le régime de l'iconomie est celui de la concurrence monopolistique. La pensée néo-classique sert d'alibi aux prédateurs.

L'informatisation ne figure pas parmi les priorités des politiques : la compression du budget de l'État y occupe une place excessive ; le "numérique", focalisé sur les usages, ne considère que la surface du phénomène ; la transition énergétique répond à une contrainte, celle du réchauffement climatique, alors que l'informatisation est la véritable "troisième révolution industrielle".

La statistique, la comptabilité nationale et les modèles macro-économiques sur lesquels s'appuient les "mesures" fiscales et sociales sont aveugles devant l'informatisation : ils ne tiennent pas compte de la diversité du degré de maturité des institutions et du niveau de qualité de leur système d'information[2].

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 D'un monde à l'autre
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4 et 2,5 Michel Volle Pense-bête de l'Iconomie. Janvier 2015
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 VOLLE Michel. Entretien avec Michel Volle, Institut Xerfi. Décideurs, 15 Mai 2013.
  4. Un paradoxe iconomique
  5. COMMISSION SUR L’ÉCONOMIE DE L’IMMATÉRIEL. L'économie de l'immatériel [Rapporteurs: Maurice Levy et Jean-Pierre Jouyet], 2006, p.14 Rapport
  6. MORAND Pascal. Pour une nouvelle vision de l'innovation, p.14. La Documentation Française, 2009. Rapport
  7. Economie de l'utilité
  8. LEVY Maurice et JOUYET Jean-Pierre, L'Economie de la Connaissance, 2006, p.24 Rapport
  9. SERIEYX Hervé, La Confiance en Pratique, page 90, Maxima 2010
  10. L’usine microélectronique STMicro à Crolles
  11. Quelle formation intellectuelle pour la troisième révolution industrielle ?
  12. L’Union européenne, colonie du monde numérique ?
  13. SAINT-ETIENNE Christian. Impact d'Internet sur l'Economie française. McKinsey Rapport
  14. COMMISSION SUR L’ÉCONOMIE DE L’IMMATÉRIEL. L'économie de l'immatériel [Rapporteurs: Maurice Levy et Jean-Pierre Jouyet], 2006, p.I Rapport
  15. SUROWIECKI James, La Sagesse des Foules, JC Lattès, 2008, p. 65
  16. 16,0 et 16,1 PORTNOFF André-Yves, Futuribles n°364, juin 2010
  17. GRUMBACH Stéphane, FRENOT Stéphane. Les données, puissance du futur. Le Monde 7/01/13 Article
  18. Une industrie française des mégadonnées ?
  19. CORNIOU Jean-Pierre. Chômage : ceux qui ont été détruits, ceux qui n'ont pas encore été inventés... quels sont les emplois qui manquent à l'appel ? Atlantico, 28 août 2013 Article
  20. PASSET Olivier. Contribution à l'atelier du CGSP. Novembre 2013 France Stratégie
  21. Révolution cyberindustrielle en France


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