L'économie, une science inutile ?

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Les erreurs des économistes se multiplient. A cause de l'informatisation, Alain Minc prédisait une diminution de 30% des effectifs dans la banque-assurance, qui ont en fait augmenté de 25%. A cause de la robotisation, C.Frey et M.Osborne, de l'Université d'Oxford, prédisent la destruction de 47% des emplois[1] alors que l'Allemagne, qui compte 5 fois plus de robots que la France, ne déplore aucune conséquence sur l'emploi. A cause de l'économie collaborative, Jeremy Rifkin anticipe la quasi-gratuité de tous les produits, alors que l'investissement initial d'un nouvel Airbus, un smartphone ou un logiciel est de plus en plus lourd. A cause des comparateurs de prix, Jean-Marc Daniel estime que nous vivons dans une société de concurrence parfaite[2][3], alors que les produits innovants comme Intel 386, Windows ou iPhone ont créé leurs monopoles de fait. Les discours des économistes sur la croissance, la productivité, l'emploi ou la concurrence sonnent de plus en plus faux[4].

Faute de doctrine solide, les politiques économiques sont dès lors erratiques. Arnaud Montebourg était interventionniste. Faute de support, Emmanuel Macron est adepte du laisser-faire. Jacques Chirac cherchait avant toute décision la preuve que c'était bon pour l'emploi. Faute de preuve, François Hollande est condamné à espérer l'inversion de la courbe du chômage.

Il faut dire à la décharge des économistes que leurs outils sont obsolètes. Notre appareil statistique a été construit dans l'après-guerre pour décrire une économie dont le coeur de la création de valeur était concentré sur l'industrie. Mesurant des flux monétaires et des quantités physiques, non la qualité[5], il ne distingue pas un téléphone d'un smartphone, un transport en voiture d'une Blablacar, un achat en supermarché de celui à la Ruche qui dit oui. Il produit ainsi des agrégats sectoriels inopérants, et met Iliad-Free, qui crée 500 emplois par an, dans le sac des télécoms, qui en détruit 5000 par an.

L'économie est-elle encore une science ? On peut en douter lorsqu'elle tourne à la querelle idéologique, illustrée par la dispute entre le Directeur de Recherche au CNRS André Orléan et le prix Nobel Jean Tirole. Ou lorsque Paul Romer, Economiste en Chef de la Banque Mondiale, critique violemment sa propre discipline : "pendant plus de trois décennies, la macroéconomie est allé en arrière.[…] Les théoriciens de la macroéconomie écartent de simples faits en feignant une ignorance obtuse […] Un mode de défaillance générale de la science qui est déclenché quand le respect de chefs réputés évolue vers une déférence pour l’autorité qui déloge le fait objectif de sa position de déterminant ultime de la vérité scientifique"[6][7]. Ou encore lorsque les marchés financiers deviennent fétichistes. Face à ce futur qu’ils ignorent, comme nous tous, ils plantent des repères, des marques, des signes, des chiffres ronds en général, entre totem et tabou. Ils craignent aussi des jours fatidiques : le vendredi 13 bien sûr, mais aussi les anniversaires des grands krachs boursiers (jeudi noir du 24 octobre 1929 ou 6 octobre 2008 des subprimes), sans oublier les « quatre sorcières », troisièmes vendredi des mois de mars, juin, septembre et décembre, où se soldent les grands contrats financiers à terme sur la Bourse de New York[8].

Pourtant, les principaux modèles de l'économie sont robustes. Ils pourraient de nouveau faire consensus à condition de les recalibrer avec une nouvelle hypothèse, celle de l'informatisation exponentielle de toutes les activités économiques.

Les corollaires coïncident alors étonnamment avec la réalité : le rendement d'échelle croissant engendre de lourds investissements et exclut la tarification au coût marginal, ce qu'illustre le prix élevé de l'iPhone. Le régime de la concurrence monopolistique introduit une économie de la qualité, ce qu'illustre le succès commercial des VTC face aux taxis. L'économie de l'innovation se fonde sur un socle massif de propriété intellectuelle, ce qu'illustre la guerre des brevets Apple-Samsung. Le cerveau d'oeuvre remplace la main d'œuvre, ce qu'illustre l'organisation des entreprises "libérées" comme la biscuiterie Poult. L'industrialisation des services atomise la segmentation de l'offre, ce qu'illustre la taille impressionnante du catalogue d'Amazon. La mesure permanente de l'utilité des produits finals ou intermédiaires généralise la personnalisation de masse, ce qu'illustre la diversité des prix d'un billet d'avion acheté en ligne.

La science économique est bousculée par la révolution en cours, mais quelques ajustements de ses hypothèses lui permettraient d'éclairer les conditions matérielles de notre vie en société et d'en piloter de nouveau l'efficacité.


Références

  1. Carl Benedikt Frey and Michael A. Osborne.THE FUTURE OF EMPLOYMENT: HOW SUSCEPTIBLE ARE JOBS TO COMPUTERISATION?. p.44, sept 2013
  2. Jean-Marc Daniel. En quoi la fin du salariat va bouleverser nos sociétés?. Challenges, 11/02/16
  3. Jean-Marc Daniel. Jean-Marc Daniel : Valls, Macron "allez jusqu'au bout !". France Inter, 11/02/16
  4. Olivier Passet. Les économistes n'arrivent pas à changer de logiciel. Xerfi Canal, février 2018
  5. Olivier Passet.Les incertitudes économiques face aux mutations économique. Xerfi Canal, Novembre 2015
  6. Max Marto. Paul Romer, le mainstream et la réalité
  7. Christian Chavagneux. Des économistes américains critiquent la "science économique". Xerfi Canal, 30/11/16
  8. Jean-Paul Betbèze, Newsletter du 6 mai 2018