Invention collective

De iconomie
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L'invention collective est un processus spontané de créativité industrielle, souvent à l'origine des grandes innovations.

L'invention collective porte en elle-même l'un des principaux paradoxes de l'économie : celle-ci se développe grâce aux progrès de l'industrie qui sont eux-mêmes liés aux grandes innovations, comme la vapeur ou la micro-informatique. Or quand elles sont le fruit d'inventions collectives, leurs contributeurs ne sont pas économiquement reconnus.

Les organisations autonomes décentralisées (DAO) expérimentent des solutions à ce paradoxe, Kin en particulier.

Exemples d'invention collective

La machine à vapeur

Les machines à vapeur existaient depuis 1712 mais, en 1769, James Watt breveta une conception nouvelle et beaucoup plus efficaces pour elles. Malgré les attaques légales contre son brevet, il fut maintenu jusqu'en 1800. Les propriétaires de mines dans la région des Cornouailles utilisaient des machines à vapeur pour pomper l'eau des mines, parfois en contrefaisant le brevet de Watt. Les propriétaires de mines et les fabricants de machines ressentaient la réticence de Watt à licencier son invention à bas prix. Après l'expiration du brevet ils purent légalement s'en inspirer. Il y eut alors un débat ouvert sur des formes alternatives de propriétés intellectuelles dans la communauté des ingénieurs de machines à vapeur. Finalement peu d'entre eux déposèrent des brevets. Il y eut à la place un environnement d'invention collective. A partir de 1811 une publication lue par les fabricants de machines à vapeur des Cornouailles, le Lean's engine Reporter. Son contenu était relatif à des comparaisons techniques entre machines. L'efficacité des machines en fut alors considérablement accrue, probablement grâce à de nombreuses innovations mineures ou sans paternité[1].

La micro-informatique

Dès que les puces informatiques ont été suffisamment petites, puissantes et peu chères pour rendre possible la construction de calculatrices et ordinateurs, un certain nombre de clubs d'amateurs est apparu à travers les USA pour le faire et en discuter. Le Homebrew Computer Club était parmi ceux-ci un club important. Il a rencontré à Stanford un nouveau départ en 1975, suite à l'invention du microprocesseur, mais avant il y avait déjà auparavant une industrie des ordinateurs personnels. Des centaines de personnes y assistèrent régulièrement à partir de 1975. Rapidement certains membres prévoyaient un grand potentiel pour les micro-ordinateurs. Steve Wozniak, de son côté, savait qu'il n'avait pas assez de connaissances. Les autres parlaient des dernières puces: le 8008 et le 8080. Woz se sentait perdu. Il n'en avait même pas entendu parler. Mais il avait conçu un terminal vidéo et le club était intéressé. « Il a changé ma vie », dira Woz plus tard. « Mon intérêt a été renouvelé, et toutes les deux semaines les rencontres du club ont été la plus grande chose dans ma vie.». . . Wozniak a apporté son ordinateur pour Homebrew et transmis des photocopies de sa conception afin que d'autres puissent le reproduire. Comme un hobbyiste parfait, Woz croit dans le partage de l'information. Les autres amateurs ont en effet été impressionnés. Wozniak et Steve Jobs ont constitué la société Apple. Homebrew a alors évolué. Les membres qui avaient lancé leurs entreprises ont cessé de venir, en partie parce que garder des secrets de l'entreprise serait devenu inconfortable au Homebrew[2].

Internet

Il n'y a jamais eu de "chef de projet" Internet pour la simple raison qu'il n'y a jamais eu de projet Internet. Internet a été construit par un ensemble flou auto-organisé de personnes qui s'intéressaient à la construction de l'Internet[3]

Rupture du processus

Une littérature importante tant théorique qu'empirique est consacrée au rôle des accords de R&D dans l’organisation de la recherche (voir, par exemple, Jacquemin, 1986, Katz, 1986). Par rapport à cette vaste littérature, notre approche porte sur les processus d’invention collective. L’analyse de ces processus selon trois axes – la manière dont le travail de recherche est organisé (division du travail, coordination technique, circulation et mise en commun des ressources), la manière dont les résultats sont appropriés collectivement (la propriété reste privée ou bien des formes de propriété collective et de partage des rentes sont instaurées) et enfin la manière dont le groupe est composé et comment il gère le transfert des résultats vers le reste de l’économie – cette analyse met en évidence des communautés plus ou moins accomplies, des collectifs plus ou moins résistants à la transformation des structures d’incitation lorsque la recherche change de phases (lorsque l’on se rapproche par exemple de la découverte du produit). Cette analyse met également en évidence des tensions et des conflits entre les différents axes.

Lorsque le groupe inclut des partenaires industriels, l’exploitation industrielle des résultats de recherche s’effectue aisément puisque les industriels participent au travail de recherche et coproduisent les connaissances. En revanche, le travail commun, le partage des ressources et l’appropriation collective des résultats se heurtent très vite à de grandes difficultés. En effet, il faudra le plus souvent diviser et cloisonner le projet pour éviter que des firmes concurrentes ne se trouvent en situation de partager des données ou des résultats critiques. Le caractère collectif du processus risque donc de s’affaiblir . En revanche, lorsque le groupe ne comprend que des partenaires de la recherche publique, le collectif sera beaucoup plus fort mais la transférabilité industrielle des résultats sera plus difficile dans la mesure où l’industrie reste à l’extérieur du projet (les externalités ne sont que faiblement internalisées).[4]

Le processus d'invention collective, on le voit, est fondamental pour dynamiser l'économie, mais semble s'évanouir au contact de la propriété privée, que ce soit sous forme de brevet ou d'entreprise commerciale. L'organisation en consortium de la propriété collective apporte une première série de réponses.

Voir aussi

Références

  1. Peter B. Meyer. Episodes of collective invention. U.S. Bureau of Labor Statistics. 25 March 2004
  2. Peter B. Meyer. Episodes of collective invention. U.S. Bureau of Labor Statistics. 25 March 2004
  3. Yves Caseau et Serge Soudoplatoff. La Blockchain ou la Confiance distribuée. Fondapol, Juin 2016
  4. Cassier Maurice, Foray Dominique. Economie de la connaissance, le rôle des consortiums de haute technologie dans la production d'un bien public, Economie & prévision 4/2001 (n° 150-151), p. 107-122