Facebook Coin

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La rumeur de la crypto-monnaie de Facebook prend davantage de consistance. Indexée sur le dollar plutôt que sur le Bitcoin, elle pourrait être lancée dès 2019 en Inde pour des services bancaires.

Article de Bloomberg, décembre 2018

Bloomberg a mené son enquête sur le FacebookCoin, et révèle quelques indiscrétions dans un article que je traduis et résume ici :

"Facebook Inc. travaille à la création d'une crypto-monnaie, indexée sur le dollar, qui permettra aux utilisateurs de transférer de l'argent sur son application de messagerie WhatsApp, en se concentrant d'abord sur le marché des envois de fonds en Inde.

WhatsApp, l’application de messagerie mobile cryptée de la société, compte plus de 200 millions d’utilisateurs en Inde. Selon la Banque Mondiale, il s'agit dans ce pays d'un marché de 69 milliards de dollars.

Le site web Stable.Report a noté en 2018 un pic de 120 projets de "stable coins", c'est-à-dire de crypto-monnaies indexées sur une valeur stable. Ces projets se sont avérés fragiles jusqu'à présent. Basis par exemple a récemment fermé ses portes, malgré le soutien d'un ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine.

Facebook, qui compte 2,5 milliards d'utilisateurs dans le monde, un chiffre d'affaires annuel de plus de 40 milliards de dollars et une plus grande expérience en matière de réglementation, a peut-être plus de chances de créer une devise stable. Ce serait la première grande entreprise de technologie à lancer un tel projet. Les relations de la société avec l’Inde ont été tendues, principalement parce que certaines fausses informations transmises par WhatsApp ont provoqué des violences dans ce pays. Pourtant, Facebook voit une formidable opportunité de croissance dans le pays".

Article de Cheddar, décembre 2018

Cet article de Bloomberg suit de quelques jours celui de Cheddar, qui donne quelques précisions :

"Facebook a envoyé récemment du personnel à des crypto-conférences à travers le monde pour recruter des chercheurs, des cryptographes et des universitaires de haut niveau dans ce domaine. Facebook aurait lancé l’idée de créer une monnaie numérique décentralisée pour les 2 milliards d’utilisateurs du réseau social.

Les offres d'emploi sur Facebook indiquent que le but ultime de son département blockchain est d'aider des milliards de personnes à accéder à des objets dont ils ne disposent pas actuellement, ce qui pourrait être des services financiers équitables, de nouvelles façons d'économiser ou de partager de l'information.

Mais cette chasse aux talents n’a pas été facile, en raison de la perception négative de la marque de Facebook par le monde de la blockchain. Les organisations décentralisées ont justement souvent pour objectif de contourner les entreprises très centralisées et gourmandes en données qu'incarne Facebook.

L'équipe rassemble néanmoins des cadres reconnus provenant de Paypal (David Marcus, Tomer Barel, Meron Colbeci, Christina Smedley) et d'autres sociétés de sécurité cryptographique et de paiement comme BitGo, Google Pay et Samsung Pay.

Plus d'une douzaine de personnes avec lesquelles Cheddar s'est entretenu ont déclaré que Facebook était resté muet sur la portée et la chronologie de ses plans de blockchain. Même ceux qui ont été activement recrutés par Facebook ne sont pas pleinement informés des détails de la stratégie du groupe.

Selon les experts, avec plus de 2 milliards d'utilisateurs, il n'est pas étonnant que Facebook tente une solution de paiement native, en particulier sur les marchés en développement dotés de systèmes bancaires et de paiement moins avancés. Facebook a déjà intégré PayPal dans l'application Messenger et commencé à prendre en charge les paiements via les banques locales sur WhatsApp en Inde, et pourrait offrir des services financiers autres que les paiements, notamment des prêts et des comptes bancaires.

Facebook pourrait également développer d’autres applications blockchain au-delà de la crypto-monnaie, comme la décentralisation des données collectées par les utilisateurs."

Scénario prospectif

Ces nouvelles rumeurs, si elles sont avérées dans l'avenir, permettent de resserrer un scénario possible du développement du FacebookCoin :

1 - Le lancement de la crypto-monnaie pourrait avoir lieu dès 2019

2 - Indexée sur le dollar, elle aura une vocation de monnaie d'échange et non de monnaie-refuge comme le Bitcoin

3 - Les premières applications concerneraient les transferts d'argent, inspirés des modèles de Paypal, AliPay et WeChat Pay (1). Ces services revendiquent respectivement 200, 500 et 800 millions d'utilisateurs (2)

4 - Le Facebook Coin faciliterait le développement du service de paiement de Whatsapp. Cette messagerie, filiale de Facebook, enregistre 210 millions d'utilisateurs actifs mais seulement un million de transactions par mois. Elle voudrait étendre son service de paiement à l’ensemble de l’Inde dans les prochains mois. Le marché y est en effet évalué par la banque Credit Suisse à 1000 milliards de dollars (3). Or la Banque centrale (Reserve Bank of India) exige que ces transactions soient opérées en Inde, et non sur les serveurs californiens de Facebook. Il ne faut pas s'en étonner, car il s'agit d'enjeux de souveraineté nationale. Par comparaison, la Chine a banni Facebook (4), interdit tous les échanges en crypto-monnaies, bloque les plates-formes étrangères d’échange, les sites d’informations spécialisées, et déblaie manu militari la voie pour les projets de la Banque populaire de Chine (5). L'Inde n'est pas aussi radicale, mais une crypto-monnaie, grâce à son caractère décentralisé, pourrait la rassurer, au moins suffisamment pour étendre le service de paiement de Whatsapp.

5 - A partir d'une taille critique (100 millions d'utilisateurs ?), le Facebook Coin pourra se désindexer du dollar et prendre son indépendance. Il dispose en effet du modèle crédible du M-Pesa, testé avec succès à une échelle locale. Ce service de transfert de mobile à mobile représente 43 % du PIB kényan. L'actif sous-jacent de la valeur d'échange est l'Airtime, des recharges prépayées de temps de communication que les opérateurs vendent à leurs abonnés mobiles. La confiance dans le M-Pesa, qui est tout l'enjeu d'une monnaie, est donc indépendante de celle qu'ont les utilisateurs dans le shilling kényan.

6 - D'autres services seront progressivement intégrés grâce à des rachats de start-up. D'abord des services de paiement, puis tous types d' applications décentralisées (voir ma précédente tribune "Faut-il se préparer au FacebookCoin ?")

Les idéologues de la blockchain décentralisatrice et autres crypto-anarchistes anti-GAFA risquent de voir dans ce scénario une dépossession de leur rêve. Les entrepreneurs y verront au contraire une légitimité de poids, pour ouvrir un nouveau monde d'opportunités, face aux déboires du bitcoin et des ICOs, qui ont pu laisser planer un discrédit dommageable.


Références bibliographiques

(1) https://www.magazine-decideurs.com/news/wechat-va-t-elle-conquerir-le-marche-europeen

(2) https://www.lesechos.fr/20/02/2018/lesechos.fr/0301320840550_le-paiement-mobile-explose-en-chine.htm

(3) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/01/15/whatsapp-a-l-assaut-du-marche-indien-du-paiement-mobile_5409294_3234.html

(4) https://www.lesechos.fr/25/07/2018/lesechos.fr/0302029797736_facebook-tente-une-nouvelle-incursion-en-chine.htm

(5) https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/01/17/vendredi-18-janvier-bas-le-dirigisme-l-avantage-competitif-de-la-tech-chinoise_5410222_3232.html