Contribution (Economie de la)

De iconomie
Aller à : navigation, rechercher

L’économie de la contribution désigne un ensemble de pratiques spécifiques qui renvoient aux participations de contributeurs librement investis dans l’activité et qui acceptent de coopérer et de diffuser leurs connaissances

Articulation avec l'économie générale[1]

Elle peut soutenir la croissance d’une activité monétarisée, comme le logiciel libre par rapport à l’industrie du logiciel (Weber, 2006). Elle peut même se trouver instrumentalisée à l’intérieur des stratégies d’entreprise, à l’image des pratiques participatives de firmes comme Amazon, eBay, Apple, Microsoft, etc., dans le cadre de nouveaux modèles d’affaires qui sollicitent la collaboration active du client (Cook, 2008). Elle peut favoriser la démultiplication des modes d’intervention de l’État, comme les impulsions données à la participation aux activités des collectivités territoriales (Aubin, 2009 ; Hay, 2009). Elle peut devenir l’une des modalités de l’économie du don, lorsque la contribution permet d’assurer les prestations réciproques, à l’exemple de l’expertise mise gratuitement à la disposition d’associations (Dalgalarrondo, 2007).

Là où l’économie de marché s’intéresse au producteur sous l’angle de la maximisation du profit, et au consommateur sous l’angle de l’ophélimité ou de la fonction d’utilité, là où l’économie publique s’occupe des fonctions de stabilisation, de redistribution et d’allocation des ressources lorsque ces dernières ne sont pas affectées de manière efficiente par le marché (market failures), là où l’économie du don reste dominée par une relation circulaire entre don et contre-don (donner-recevoir-rendre), l’économie de la contribution fait surgir la figure alternative du contributeur qui articule participation choisie à l’activité, création de valeur sociétale et intérêt au désintéressement. De ce point de vue, le contributeur ne se définit pas comme le producteur ou le consommateur rationnel de la théorie néoclassique, pas plus que comme l’agent d’une rationalité collective.

Telle la construction historique braudélienne qui fait se superposer plusieurs régimes économiques dans les différents espaces-temps de l’économie-monde (Braudel, 1979), l’économie de la contribution s’affirme comme un champ d’investigation qui s’inscrit « à côté », « en complément », « en supplément », etc., de l’économie de marché, de l’économie publique et de l’économie du don.

Fonction de contribution[2]

La contribution est irréductible à une évaluation en termes monétaires, à l’inverse du processus de conversion qui institue la forme marchande associée à la dépense de travail du côté de la production et à la mesure de l’utilité du côté de la consommation.

La fonction de contribution est donc constituée d’un facteur principal, la compétence des contributeurs, influencée elle-même par l’articulation avec d’autres facteurs qui renvoient aux combinaisons variables entre les trajectoires individuelles et les déterminations sociales : éducation, formation, expérience, disponibilité, mobilisation, altruisme, leadership, etc. (Gregory, Share, 2003).

Le « personnage conceptuel » du contributeur se substitue aux statuts conjugués du producteur et du consommateur, dans l’espace des technologies informationnelles et relationnelles. Mais on peut avancer que cette tendance est analytiquement comparable dans le tiers secteur et dans les systèmes locaux d’innovation, où l’engagement des acteurs est subordonné à des motifs, des finalités et des principes qui sont très différents des coûts d’opportunité imposés par la rationalité microéconomique de la fonction de production (p.179).

Exigence de la mesure[3]

L’exigence d’établir un nouvel ordre de grandeur pose la question de la mesure face à la question du calcul, et elle induit la mise au point d’une nouvelle base de calcul et de nouvelles normes comptables. En effet, dans une perspective d’évaluation des capabilités, la fonction de contribution doit permettre d’établir un rapport entre les entrées et les sorties de la matrice participative. Plus la contribution est importante, plus les variables de la fonction permettent de faire progresser le montant de la valeur créée. Reste ainsi à prendre en compte la contribution relative des facteurs, sans pouvoir s’appuyer sur une structure de coûts et un système de prix relatifs qui demeurent propres à la marchandise.

La fonction de contribution, en mettant en relief la nécessité d’un nouvel ordre de grandeur et de nouveaux instruments de mesure, introduit à la construction d’une économie humaine, une économie de la personne au sens de Perroux, où la mobilisation des ressources et des services productifs s’effectue en fonction d’objectifs définis de manière délibérative. De ce point de vue, la fonction de contribution est inséparable d’une nouvelle définition de la valeur et de l’innovation.

L’identification de l’ordre de grandeur qui permet de qualifier la nature des échanges entre les contributeurs nécessite une nouvelle interprétation de la valeur, qui peut être comprise comme la recherche d’une approche en terme de valeur sociétale (Humbert, 2003 ; Humbert, Caillé, 2006). On retrouve une préoccupation assez semblable dans les travaux critiques sur la mesure de la richesse et les nouveaux indicateurs (Méda, 2000 ; Gadret, Jany-Catrice, 2005 ; Stiglitz, Sen, Fitoussi, 2009).

L'économie de lacontribution, en faisant de la valeur sociétale le fondement de la mesure de l’activité, retrouve le sens du processus de création collective défini par Perroux. Il manque encore à ce principe d’évaluation un compte de création collective qui permette de retracer les indicateurs de la contribution, au même titre que les recherches sur les indicateurs alternatifs tentent d’instituer une autre manière de mesurer la richesse (p.180).

Valeur sociétale[4]

En faisant des ouvrages et des oeuvres les supports d’une médiation qui assure la communication avec autrui, la création collective devient la condition d’une désaliénation sociale où le dialogue permet de retrouver un sens de l’homme et d’une économie humaine (Perroux, 1970) et où la reconnaissance permet de qualifier les différentes manières d’être ensemble (Ricoeur, 2004).

L’économie de la contribution, en se construisant comme une économie de la durée, ouvre donc sur la vision d’une « société du plein développement humain » (Perroux, 1969), qui confère une autre légitimité à l’innovation.

Innovation[5]

Dans le cadre d’une mobilisation générale des ressources cognitives, l’économie de la contribution devrait s’imposer de plus en plus comme un modèle d’innovation qui permet de repenser les relations entre technologies informationnelles et travail, telles qu’elles se déploient dans l’interconnexion et l’interopérabilité des réseaux qui structurent l’évolution des formes nouvelles d’activités professionnelles.

Références bibliographiques

  1. Philippe Beraud, Franck Cormerais. Économie de la contribution et innovation sociétale. Innovations 2011/1 (n°34), p. 163-183. DOI 10.3917/inno.034.0163
  2. Philippe Beraud, Franck Cormerais. Économie de la contribution et innovation sociétale. Innovations 2011/1 (n°34), p. 163-183. DOI 10.3917/inno.034.0163 p.171
  3. Philippe Beraud, Franck Cormerais. Économie de la contribution et innovation sociétale. Innovations 2011/1 (n°34), p. 163-183. DOI 10.3917/inno.034.0163 p.172
  4. Philippe Beraud, Franck Cormerais. Économie de la contribution et innovation sociétale. Innovations 2011/1 (n°34), p. 163-183. DOI 10.3917/inno.034.0163 p.175
  5. Philippe Beraud, Franck Cormerais. Économie de la contribution et innovation sociétale. Innovations 2011/1 (n°34), p. 163-183. DOI 10.3917/inno.034.0163 p.177