Concurrence monopolistique

De iconomie
Aller à : navigation, rechercher

Concepts issus de l'ouvrage de Robert Solow, Monopolistic Competition and Macroeconomic Theory, Cambridge University Press, 1998.

Un marché obéit au régime de la concurrence monopolistique lorsque la fonction de coût du produit présente un rendement d’échelle croissant et qu’une différenciation en variétés répond à la diversité des besoins des utilisateurs.

Dans l’iconomie le coût marginal est négligeable car les tâches répétitives sont automatisées : la plupart des produits obéissant aux conditions ci-dessus, la concurrence monopolistique est son régime de référence.

Nous l’illustrerons avec un exemple simple[1]. Considérons une plage de longueur L où des vacanciers sont répartis selon la densité uniforme \mu .

Un marchand de glaces s’installe. Il vend ses glaces au prix p. La consommation d’une glace procure à un vacancier le plaisir U mais l’aller-retour est d’autant plus pénible que la distance d qui le sépare du glacier est plus longue : nous supposons ce désagrément égal à kd.

La satisfaction S que la consommation d’une glace procure à un vacancier est donc : S=U-p-kd.

Un vacancier achète une glace (et, supposons nous, une seule) si sa satisfaction est positive. Le glacier a donc pour clients les vacanciers qui se trouvent à une distance d\leq (U-p)/k. Notons \delta la distance limite, \delta =(U-p)/k. Le nombre des glaces vendues est : q=2\mu \delta =2{\frac  {\mu (U-p)}{k}}.

Nombre de glaces vendues (1 glacier)

Supposons le coût de production des glaces indépendant du nombre de glaces produites et donc réduit au coût fixe C des équipements. Le profit que fait le glacier est \Pi =2\mu (U-p)p/k-C, maximal pour p^{0}=U/2.

Si le glacier pratique le prix p^{0} son profit est \Pi ^{0}=\mu U^{2}/2k-C. Nous supposons qu’il est positif (U>{\sqrt  {2kC/\mu }}) et que la longueur L de la plage est beaucoup plus grande que la largeur 2\delta du segment servi par un glacier.

Le profit attire d’autres glaciers. Le deuxième s’installe loin du premier mais progressivement la plage entière est servie par des glaciers dont les « territoires » se touchent et qui font tous le même profit \Pi ^{0}.

Chaque glacier se trouve alors en concurrence par le prix avec deux voisins qui pratiquent le prix p^{0}. Si un glacier G pratique un prix inférieur à p^{0} il étend son territoire au détriment de ses voisins, mais l’élargissement de son marché est deux fois moins sensible à la baisse de son prix qu’il ne l’aurait été si G avait été seul sur la plage.

Nombre de glaces vendues (2 glaciers)

Mettons en effet une loupe sur le cercle ci-dessus pour voir ce qui se passe entre G et le glacier G' qui se trouve à sa droite.

Nombre de glaces vendues (concurrence tendue)

Quand G réduit son prix, son territoire s’étend à droite et à gauche. Si G était seul sur la plage il gagnerait sur sa droite la longueur AB, mais un vacancier qui se trouve sur le segment CB préférera G' car sur ce segment G' lui procure plus de satisfaction que G. En réduisant son prix G ne peut donc gagner que la longueur AC=AB/2 sur chacun de ses voisins.

Le profit étant encore positif de nouveaux glaciers sont incités à s’installer sur la plage, ce qui comprime le territoire et le profit des autres. L’entrée des glaciers se poursuit jusqu’à ce que le profit soit nul : le marché atteint alors l’équilibre de concurrence monopolistique.

Si un glacier est seul sur le marché, la demande qui lui est adressée est q=2\mu (U-p)/k, d’où dq/dp=-2\mu /k. Si ce glacier a deux voisins avec lesquels il est en concurrence par le prix, l’effet d’une baisse du prix est deux fois moins fort que s’il était seul : on a donc alors dq/dp=-\mu /k.

Pour trouver les valeurs de p^{*}, n^{*} et q^{*} à l’équilibre il faut exprimer (1) que le profit est maximal, (2) que le profit est nul.

Le profit pq-C est maximal si pdq+qdp=0, soit dq/dp=-q/p, il est nul si pq=C. On trouve finalement :

p^{*}={\sqrt  {kC/\mu }},n^{*}=L{\sqrt  {k\mu /C}},q^{*}={\sqrt  {\mu C/k}}.

Nota Bene : Le surplus moyen d’un consommateur est U-p^{*}-k\delta ^{*}/2=U-5kL/4n^{*}. Toutes choses égales d’ailleurs, la satisfaction d’un consommateur est donc d’autant plus élevée que le nombre n^{*} est plus grand.

On peut généraliser la leçon de cet exemple. Considérons un produit susceptible d’être différencié en variétés dont la production demande le même coût fixe et qui se distinguent l’une de l’autre par la valeur x qui « mesure » un attribut qualitatif.

Supposons que chaque consommateur ait une variété préférée x^{0} dont la consommation lui procure le plaisir U, les autres variétés lui procurant un plaisir moindre U-k|x-x^{0}|. Supposons que l’étendue de la différenciation en variétés embrasse un large intervalle de longueur L parmi les valeurs de x.

Si nous notons d la distance |x-x^{0}| et p le prix d’une unité du produit, la satisfaction qu’une variété procure au consommateur s’écrit comme ci-dessus S=U-p-kd : chaque consommateur évalue de façon subjective le rapport qualité/prix des variétés du produit selon ses besoins et préférences.

On retrouve les résultats précédents : le marché se divise en segments au centre desquels se trouve la variété offerte par une entreprise qui jouit d’un monopole à l’intérieur de ce segment et qui est en concurrence par le prix à sa frontière. À l’équilibre le nombre des variétés sera n^{*} et leur prix sera p^{*}. Le raisonnement s’étend mutatis mutandis au cas où les variétés se différencient selon plusieurs attributs x,y,z, etc.

Le modèle de la concurrence monopolistique est schématique : il montre seulement, à partir d’hypothèses simplificatrices, comment peut s’établir un équilibre de long terme sur un marché où sont offertes et demandées diverses variétés d’un produit.

Il n’éclaire pas la dynamique de l’entrée des nouvelles entreprises mais seulement l’aboutissement de cette dynamique, qui se situe dans le long terme et peut reculer à mesure que le temps avance. Il n’éclaire pas non plus l’innovation qui, changeant le coût fixe et faisant apparaître de nouveaux paramètres qualitatifs (et de nouveaux besoins), transforme les conditions de l’équilibre.

L’équilibre statique auquel aboutit ce modèle appelle donc un dépassement par le recours à la théorie des jeux non coopératifs (il en est de même pour le modèle de la concurrence parfaite).

Références

  1. Claude Rochet, L’intelligence iconomique, De Boeck, 2015, p. 39.